The Project Gutenberg EBook of Tendresses impriales, by Napolon Bonaparte

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Title: Tendresses impriales

Author: Napolon Bonaparte

Release Date: November 2, 2006 [EBook #19700]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TENDRESSES IMPRIALES ***




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[Note du transcripteur:

Ce livre prsente des lettres de Napolon Bonaparte  sa premire femme,
Josphine de Beauharnais, et  la Comtesse Marie de Walewska.

Rappelons que Napolon Bonaparte eut deux pouses:

--Josphine Tascher de la Pagerie, veuve du gnral Beauharnais, qu'il
pousa en 1796 et dont il divora en 1809 car Josphine ne lui avait pas
donn l'hritier  la dynastie qu'il souhaitait;--Marie-Louise, fille
de l'empereur d'Autriche, qu'il pousa en 1810 et dont il eut un fils,
le roi de Rome (1811-1832), surnomm l'Aiglon.

C'est pendant les pourparlers qui conduisirent au Trait de Tilsitt
sign en 1807 entre Napolon 1er et le tsar Alexandre 1er de Russie,
trait qui eut pour consquences le dmembrement de la Prusse et la
reconstitution d'un tat polonais (le Grand Duch de Varsovie), que
Napolon fit la connaissance de la Comtesse Marie de Walewska, 
laquelle furent adresses quelques unes des lettres prsentes dans ce
livre.

Rappelons brivement les pisodes successifs de la vie politique et
militaire de Napolon Bonaparte:

--en mars 1796, Bonaparte venait d'tre nomm gnral en chef de
l'arme d'Italie pour combattre les Autrichiens. Il y remporta des
victoires restes fameuses: Castiglione, Arcole, Rivoli. Le Trait de
Campoformio (octobre 1797) mit fin  la guerre avec les Autrichiens.

--en 1798-1799, ce fut la Campagne d'gypte o Bonaparte fut vainqueur
aux Pyramides; mais la flotte franaise fut dtruite par Nelson, 
Aboukir.

--en 1800, ce fut la 2me campagne d'Italie avec la victoire de
Marengo sur les Autrichiens.

--Bonaparte devint premier Consul  la suite du coup d'tat du 18
brumaire an VIII (9 novembre 1799) puis fut sacr Napolon 1er, Empereur
des Franais, le 2 dcembre 1804.

--Ce fut ensuite une succession de batailles victorieuses, Austerlitz
(1805), Ina (1806), Eylau et Friedland (1807), Wagram (1809). Mais il y
eut la dfaite de Trafalgar (1805) o la flotte franaise fut dtruite
par les Anglais. La Paix de Vienne fut signe le 14 octobre 1809. Puis
vinrent les dsastres avec la Campagne de Russie (1812), la Campagne
d'Allemagne et la Dfaite de Leipzig (octobre 1813), la Prise de Paris
par les Allis (mars 1814), le Trait d'abdication de Fontainebleau
(avril 1814), l'exil  l'le d'Elbe, le Congrs de Vienne qui opra la
liquidation du rgime napolonien en Europe, les Cent Jours (mars 
juillet 1815) aprs le retour de Napolon de l'Ile d'Elbe, la Dfaite de
Waterloo (juin 1815), la 2me abdication, le 22 juin 1815 et le dpart
pour son exil  Sainte-Hlne o il mourra en 1821.]

       *       *       *       *       *




          NAPOLON BONAPARTE

        TENDRESSES IMPRIALES

  AVEC UNE LETTRE-PRFACE PAR ABEL GRI

    L'Amour est l'occupation de l'homme
    oisif, la distraction du guerrier, l'cueil
    du souverain.
    (Napolon Bonaparte)

               PARIS
 BIBLIOTHQUE INTERNATIONALE D'DITION
          E. SANSOT & Cie
       9, rue de l'peron, 9
              MCMXIII

    IL A T TIR DE CET OUVRAGE
25 EXEMPLAIRES NUMROTS SUR HOLLANDE
         VAN GELDER ZONEN

_Que diriez-vous d'une srie qui grouperait les rcits envoys du
thtre de leurs exploits  leurs matresses par nos hros et qui nous
les ferait voir dans l'instant o l'amour agit sur eux comme un ferment
d'hrosme? Les lettres du jeune gnral en chef de l'arme d'Italie
ouvriraient cette collection._

                          (MAURICE BARRS)

(Prface des _Lettres du lieutenant-colonel Moll_.)

       *       *       *       *       *




TABLE DES MATIRES


Lettre-prface  M. Maurice Barrs
Lettres du Gnral en chef de l'arme d'Italie
Lettres de Bonaparte, Premier Consul
Lettres de Napolon, Empereur
Lettres de Napolon  Josphine aprs le divorce
APPENDICES:
Dialogue sur l'amour
La femme et le Code Napolon: Code civil
Code pnal
Lettres  Mme Walewska

       *       *       *       *       *




LETTRE-PRFACE  MAURICE BARRS


_Voir runies, en une page d'hrosme et de passion, les lettres d'amour
du jeune gnral en chef de l'arme d'Italie, c'est une ide qui vous
fut chre et que voici ralise._

_En y joignant le Dialogue sur l'Amour qu'crivit le jeune lieutenant
d'artillerie et les billets fivreux que l'Empereur fit parvenir  Marie
Walewska, nous ajoutons les clarts et les ombres qui feront mieux
valoir la figure du hros._

_Il n'est pas jusqu' cet pre nonc des articles du Code qui, comme la
gravure svre de quelque eau-forte, ne puisse fixer dans notre cerveau
la pense austre du Matre._

_Nous ne dirons pas l'histoire de ses amours. Si nous les savons
multiples, nous avons retenu qu'elles ne l'obsdrent pas. Sans les
considrer comme une tare, il pensait justement qu'elles taient un mal
invitable  l'homme sans foyer, et que, pour cette raison, mieux valait
les taire et les cacher._

_C'est encore l'aimer que de ne pas attacher d'importance aux actes de
sa vie qu'il estimait ngligeables._

_Aussi, sa tendresse pour Marie Walewska n'aura-t-elle que l'agrment
d'une faiblesse s'entourant de romantisme._

_Elle aura le charme troublant d'une page de littrature o l'amour
discute l'tre aim  la curiosit des foules et  la raillerie des
pamphltaires. Malgr ses moments de vritable grandeur et malgr
l'inaltrable souvenir qu'il lui garda, l'aventure polonaise ne restera
qu'une aventure, sans doute plus longue, plus releve parmi les autres,
mais dont on n'a pas  chercher les consquences, parce qu'elle ne
pouvait pas en avoir dans la pense et par la volont du hros._

_L'ide du rtablissement d'un royaume par l'intervention de l'amour ne
sera qu'une chimre conue par l'hrone et narre avec volupt par les
crivains pris de son histoire._

_L'ascension au trne d'une concubine n'est qu'une autre folie de ceux
qui s'ingnirent  voir un passionn chez Napolon._

_Il et t plus vrai de dire que par Napolon l'amour n'est ni
recherch, ni surtout glorifi. Il est combattu. L'Empereur ne l'accepte
que dans le mariage, sans l'y croire ncessaire. Pour lui, le mariage
est un devoir social. C'est un acte lgitime que nous devons accomplir,
que le souverain doit imposer  ses sujets et  l'accomplissement duquel
il prtera son encouragement. C'est un moyen de fonder une famille, une
nation, une dynastie. Si fragiles que soient des unions que, seule, la
volont explique, il les veut dfinitives. Si le divorce est inscrit
dans ses lois, ce n'est qu'entour de mille entraves qui le rendent
difficile  appliquer et d'aspect si redoutable que la plupart des
solliciteurs s'en dtournent. Il croit qu'il n'est rien de durable que
ce qu'a bti la volont tenace. Il sait que les nergies sont rares et
que la foule, quoique mobile, est soumise, parce que craintive. La
rigueur de ses lois forcera son peuple  la vertu._

_Aussi l'amour n'apparat  ses yeux que comme un libertinage. Il le
voit sous son aspect physique, et de suite il entrevoit les dchances
o conduisent les passions. conome de l'nergie de son peuple comme de
la sienne, il utilise mme les circonstances quotidiennes pour bannir de
son entourage l'ide de l'amour et l'habituer  des penses plus
austres. La perte d'une amante provoque-t-elle un suicide parmi ses
troupes, de suite il fait lire une proclamation dans laquelle il est dit
qu'un soldat doit vaincre la douleur et la mlancolie de ses passions.
L'histoire ne dit pas quelle femme fut cause de ce drame. Matresse ou
pouse, la proclamation et t la mme. Dans sa pense, l'homme se doit
 une tche plus svre que celle d'aimer. L'amour est l'affaire des
femmes, dont il exige la fidlit. Non pas qu'en soi il donne une grande
importance  l'adultre. Il le dit commun et c'est une affaire de
canap. Mais s'il le comprend, il ne l'excuse pas et les moeurs
qu'imposera son exemple contribueront  en diminuer les causes. Il veut
les pouses respectes. Il carte d'elles les galants, supprimant ainsi
toutes excuses  leur faute. Si malgr tant de soins la trahison n'a pu
tre vite, il se gardera bien de l'bruiter, d'user mme de l'autorit
de ses lois. Il sait qu'un malheur conjugal ne doit pas s'avouer._

_Ceci explique le ton enjou de ses lettres  Josphine, o les rares
menaces sont plutt des avis de discrtion. Alors il crit: Ne te fie
pas, et je te conseille de te bien garder la nuit, car une de ces
prochaines tu entendras grand bruit._

_Aussi sa correspondance est-elle d'une lecture passionnante et
triste._

_Bonaparte,  vingt-six ans_[1], _se marie avec Josphine, ge de
quelques annes de plus que lui_[2]. _Elle est veuve. Elle est crole.
Elle a pass sa vie dans l'oisivet. Celle du jeune Bonaparte s'est
passe dans l'tude et dans les combats. Il ne sait des femmes et de
l'amour que ce qu'il en a observ avec une amre justesse. Mais que peut
l'observation d'un jeune homme quand, pour la combattre, on a le visage,
la grce de sduction et l'exprience de Josphine._

[Note 1: N en 1769.]

[Note 2: Ne  la Martinique en 1763. Elle avait 32 ans.]

_Pour conqurir une place, une fortune, un droit aux honneurs, elle usa
de la seule arme qui tait en son pouvoir. Une prescience lui disait que
tout cela, ce jeune homme timide avec elle, mais nergique avec les
vnements, saurait le lui offrir._

_Et il en fut ainsi._

_Ds le soir du mariage, c'est, de la rue Chante-reine, le htif dpart
vers la gloire. Et bientt les nouvelles parviennent, apportant chacune
l'annonce d'un triomphe, d'un pas vers l'empire dont elle rve peut-tre
dans son imagination orientale, mais certainement l'assurance d'un peu
plus de cet argent dont elle se montrera si prodigue._

_Pendant qu'il crit ces fivreux billets le soir, sous la tente, parmi
l'parpillement des cartes et des rapports, lorsque dorment ses soldats
harasss, Josphine, oublieuse des promesses rcentes, se laisse aller 
l'ardeur de son temprament. Bonaparte en reoit la nouvelle en gypte.
De suite il songe au divorce. Ce qu'il y a de brutal et d'orgueilleux
dans son caractre lui prsente ce moyen prompt de sauver son honneur._

_Mais bientt il fait un lent et puissant effort sur lui-mme,
s'appliquant  discuter,  peser la gravit et les consquences de la
rupture._

_Il commande un corps d'expdition. Il a dcid d'atteindre le pouvoir 
son retour en France. Des ennemis l'entourent. Ira-t-il prter le flanc
aux railleries en faisant connatre  tous ce qui n'est su que de
quelques-uns? Ainsi les annes passent. Il grandit dans sa puissance. En
Italie, il est trop tard dj pour exiger cette rparation. La blessure
est plus ancienne aussi. Il la pourra supporter. Les efforts faits pour
reconqurir Josphine sont rests vains. Il et fallu qu'il demeurt
prs d'elle  la distraire,  la choyer. Mais son destin l'appelait aux
armes._

_La certitude de toute maternit impossible chez l'Impratrice, seule,
le dtermina  la rupture. Encore ne put-il l'accepter dfinitive. Il
sentit le besoin de la savoir proche de lui et heureuse par ses soins._

_Perptuel combat entre l'amour et la destine, voil toute la vie de
Napolon avec Josphine._

_Maintenant que nous connaissons les ides de l'Empereur sur l'amour et
le mariage, on peut demeurer surpris de voir sa conduite._

_Quand on songe qu'il avoua ses matresses  Josphine, lui prsenta
Mme Walewska, et que l'ayant rpudie il ne voulut cesser de la voir,
quelle extraordinaire complexit de caractre ne dcouvre-t-on pas en
lui!_

_Deux causes expliquent cette conduite; l'ducation littraire de
Bonaparte et le rle d'initiatrice de Josphine._

_Napolon dans sa rudesse garde un fond de rverie qui combat sans cesse
son positivisme natif. Cela il le doit  sa jeunesse isole, malheureuse
mme, dpourvue de caresses et de cet argent avec lequel s'achtent les
illusions de celles-ci. Il a vu des femmes, sans doute, mais leurs rangs
si suprieurs au sien l'ont forc  n'tre que tendre et troubadour
auprs d'elles. Ce furent les idylles de Valence. De celles qui se
donnent, il connat seulement les filles vnales comme celle interroge
un soir de fivre sous les galeries du Palais-Royal._

_La lecture de Rousseau l'exalta. Il a rv une Mme de Warens. Il
croit la dcouvrir dans cette crole s'offrant  lui, prestigieuse,
entoure du souvenirs de son Orient natal. Il l'aime d'autant plus qu'il
n'osait esprer lui plaire._

_De son ct, Josphine trouva de l'agrment  sduire ce jeune homme
qu'elle savait chaste. Pour cette voluptueuse c'tait une conqute bien
tentante. Ce que furent leur fivre, nous le devinons. Dans leur hte de
possession, ils ne surent attendre leur mariage._

_Tout ce qu'une femme dont l'amour est la seule pense peut mettre de
science, de raffinement, de recherche dans l'treinte, il est certain
que Josphine le rvla  Bonaparte tonn et ravi. Pour elle il fut un
jouet. Elle le trouva mme drle et par ce plaisir qu'elle donnait
contre toute attente elle le possda. De lui avoir fait connatre un
amour qu'il imaginait seulement dans les romans, Bonaparte lui en fut
toute sa vie reconnaissant. Ce conqurant l'aime parce qu'elle l'a
vaincu, qu'elle l'a su tenir, lass, prs d'elle et cependant heureux._

_Aussi il aura pour elle des empressements de petit-matre, de dlicates
attentions, des pardons mme. Elle peut tout faire: le tromper, se
vendre et s'endetter. Qu'importe! Il sait qu'il trouvera en elle un
superbe instrument de plaisir plus vibrant et plus riche que tous les
autres._

_Aux heures de rflexion, dans les nuits aux camps, sa pense s'applique
 comprendre Josphine. Il voque les amants  qui elle se donne avec la
mme fougue qu' lui-mme. Si, dans son instinct de mle, il est jaloux,
sa fiert d'homme ne se rvolte pas. Il sait qu'il n'a qu' reparatre
pour les lui faire oublier tous. Sa gloire, sa richesse lui ajoutent un
prestige dont il connat la force. Ce qu'on aime en nous c'est notre
bonheur, pense-t-il. Il se dit aussi qu'une femme dont les sens sont si
prompts ne pourra jamais commander  l'esprit d'un homme. Pas plus
qu'elle ne se souvient de lui absent, il ne redoute de subir son action
quand il l'a quitte. Cela le sduit d'avoir une femme ne songeant qu'
le distraire sans penser  le commander. Enfin c'est surtout parce
qu'elle fut l'initiatrice qu'il ne l'oublie jamais. Elle peut vieillir
et avec l'ge voir s'teindre la possibilit des treintes. Qu'importe!
Elle l'a fait vibrer avant toutes les autres. S'il n'hsite pas mme 
lui avouer ses infortunes galantes, c'est qu'il est certain de trouver
sur son sein un mol oreiller pour sa peine et dans ses mains, qui eurent
tant de luxurieuses caresses, une dernire treinte pour apaiser son
coeur. Il sait qu'elle l'aidera  dnouer d'aventureuses liaisons,
trouvant dans cette compromission l'agrment de se voir rechercher
encore._

_Vu de la sorte, le caractre de Napolon apparat sans tranget. Il
s'est impos, o son esprit le conduisait de n'avoir d'autre matre que
lui et  laisser la femme en marge de sa pense._

_Une conception de la vie entirement consacre  la ralisation ferme
d'un grand projet oblige  ne considrer les autres sentiments que comme
des plaisirs et  faire que ceux qui les veillent en nous ne puissent
devenir rien autre que des amuseurs._

_L'esprit pourra s'ingnier  concevoir une vie calme o les droits de
la famille et ceux du devoir seront Justement quilibrs, il semble
qu'une loi conduise les tres suprieurs  ne pas s'y arrter. Ce calme,
ce repos familial, dans les minutes de dcouragement ils regretteront
parfois de ne l'avoir pas, mais ne s'attarderont pas  cette mlancolie.
Immenses dans leurs besoins, ceux dont Napolon a dit qu'ils taient
des mtores, destins  brler pour clairer la terre seront toujours
conduits  s'prendre de et qui sera nervant comme le sont la lutte et
les courtisanes, si l'on veut entendre par courtisanes non les filles
simplement vnales, mais celles qui trouvent  se donner une
satisfaction aussi vive que le guerrier  vaincre. Pour les courtisanes
et pour le conqurant, l'or et le butin de l'amant et du vaincu sont les
consquences naturelles, mais ngligeables d'une action puissante.
Offrandes et ranons seront vite dissipes, et de tant de fortunes et de
conqutes il ne ratera pour l'ternit que l'immense souvenir de leur
agitation._

_Napolon cherchant la femme qui l'aimera pour lui-mme et n'aimera que
lui, l'artiste demandant celle qui le comprendra et lui construira un
foyer, obissent  une loi de contraste de notre esprit. En donnant
Josphine  Napolon et d'ardentes matresses aux chastes artistes, les
lois surnaturelles semblent avoir voulu surchauffer les sens de ces
hros pour mieux librer leurs esprits en leur prsentant de la femme
une ide physique et irrespectueuse  laquelle ils ne sauraient
s'attacher sans dchoir._

Abel GRI.

       *       *       *       *       *




            TENDRESSES IMPRIALES

                     ***


LETTRES DU GNRAL EN CHEF DE L'ARME D'ITALIE




LETTRE I

 Josphine,  Milan.

   Marmirolo, le 29 messidor, 6 heures du soir
   (17 Juillet 1796).


Je reois ta lettre, mon adorable amie; elle a rempli mon coeur de joie.
Je te suis oblig de la peine que tu as prise de me donner de tes
nouvelles; ta sant doit tre meilleure aujourd'hui; je suis sr que tu
es gurie. Je t'engage fort  monter  cheval, cela ne peut pas manquer
de te faire du bien.

Depuis que je t'ai quitte, j'ai toujours t triste. Mon bonheur est
d'tre prs de toi. Sans cesse je repasse dans ma mmoire tes baisers,
tes larmes, ton aimable jalousie, et les charmes de l'incomparable
Josphine allument sans cesse une flamme vive et brlante dans mon coeur
et dans mes sens. Quand, libre de toute inquitude, de toute affaire,
pourrai-je passer tous mes instants prs de toi, n'avoir qu' t'aimer,
et ne penser qu'au bonheur de te le dire et de te le prouver? Je
t'enverrai ton cheval; mais j'espre que tu pourras me rejoindre. Je
croyais t'aimer il y a quelques jours; mais, depuis que je t'ai vue, je
sens que je t'aime mille fois plus encore. Depuis que je te connais, je
t'adore tous les jours davantage: cela prouve combien la maxime de La
Bruyre, que _l'amour vient tout d'un coup_, est fausse. Tout, dans la
nature, a un cours et diffrents degrs d'accroissement. Ah! je t'en
prie, laisse-moi voir quelques-uns de tes dfauts; sois moins belle,
moins gracieuse, moins tendre, moins bonne surtout; surtout ne sois
jamais jalouse, ne pleure jamais; tes larmes m'tent la raison, brlent
mon sang. Crois bien qu'il n'est plus en mon pouvoir d'avoir une pense
qui ne soit pas a toi, et une ide qui ne te soit pas soumise.

Repose-toi bien. Rtablis vite ta sant. Viens me rejoindre; et, au
moins, qu'avant de mourir, nous puissions dire: Nous fmes tant de
jours heureux!!

Millions de baisers et mme  Fortun[3], en dpit de sa mchancet.

BONAPARTE.

[Note 3: Petit chien de Josphine.]




LETTRE II

 Josphine,  Milan.

   Marmirolo, le 19 messidor, 9 heures aprs-midi
   (18 juillet 1796).


J'ai pass toute la nuit sous les armes. J'aurais eu Mantoue par un coup
hardi et heureux; mais les eaux du lac ont promptement baiss, de sorte
que ma colonne qui tait embarque n'a pu arriver. Ce soir, je
recommence d'une autre manire, mais cela ne donnera pas des rsultats
aussi satisfaisants.

Je reois une lettre d'Eugne, que je t'envoie. Je te prie d'crire de
ma part  ces aimables enfants et de leur envoyer quelques bijoux.
Assure-les bien que je les aime comme mes enfants. Ce qui est  toi ou 
moi se confond tellement dans mon coeur, qu'il n'y a aucune diffrence.

Je suis fort inquiet de savoir comment tu te portes, ce que tu fais.
J'ai t dans le village de Virgile, sur les bords du lac, au clair
argentin de la lune, et pas un instant sans songer  Josphine!

L'ennemi a fait le 28 une sortie gnrale; il nous a tu ou bless deux
cents hommes, il en a perdu cinq cents en rentrant avec prcipitation.

Je me porte bien. Je suis tout  Josphine, et je n'ai de plaisir ni de
bonheur que dans sa socit.

Trois rgiments napolitains sont arrivs  Brescia; ils se sont spars
de l'arme autrichienne, en consquence de la convention que j'ai
conclue avec M. Pignatelli.

J'ai perdu ma tabatire; je te prie de m'en choisir une un peu plate, et
d'y faire crire quelque chose dessus, avec tes cheveux.

Mille baisers aussi brlants que tu es froide. Amour sans bornes et
fidlit  toute preuve. Avant que Joseph[4] parte, je dsire lui
parler.

BONAPARTE.

[Note 4: Frre an de Napolon, devenu roi d'Espagne.]




LETTRE III

 Josphine,  Milan.

   Marmirolo, 1er thermidor an IV (19 juillet 1790).


Il y a deux jours que je suis sans lettres de toi. Voil trente fois
aujourd'hui que je me suis fait cette observation, tu sens que cela est
bien triste; tu ne peux pas douter cependant de la tendre et unique
sollicitude que tu m'inspires.

Nous avons attaqu hier Mantoue. Nous l'avons chauffe avec deux
batteries  boulets rouges et des mortiers. Toute la nuit cette
misrable ville a brl. Ce spectacle tait horrible et imposant. Nous
nous sommes empars de plusieurs ouvrages extrieurs, nous ouvrons la
tranche cette nuit. Je vais partir pour Castiglione demain avec le
quartier gnral, et je compte y coucher.

J'ai reu un courrier de Paris. Il y avait deux lettres pour toi; je les
ai lues. Cependant, bien que cette action me paraisse toute simple et
que tu m'en aies donn la permission l'autre jour, je crains que cela ne
te fche, et cela m'afflige bien. J'aurais voulu les recacheter: fi! ce
serait une horreur. Si je suis coupable, je te demande grce; je te jure
que ce n'est pas par jalousie; non, certes, j'ai de mon adorable amie
une trop grande opinion pour cela. Je voudrais que tu me donnasses
permission entire de lire tes lettres; avec cela il n'y aurait plus de
remords ni de crainte.

Achille arrive en courrier de Milan; pas de lettres de mon adorable
amie! Adieu, mon unique bien. Quand pourras-tu venir me rejoindre? Je
viendrai te prendre moi-mme  Milan.

Mille baisers aussi brlants que mon coeur, aussi purs que toi.

Je fais appeler le courrier; il me dit qu'il est pass chez toi, et que
tu lui as dit que tu n'avais rien  lui ordonner. Fi! mchante, laide,
cruelle, tyranne, petit joli monstre! Tu te ris de mes menaces, de mes
sottises; ah! si je pouvais, tu sais bien, t'enfermer dans mon coeur, je
t'y mettrais en prison.

Apprends-moi que tu es gaie, bien portante et bien tendre.

BONAPARTE.




LETTRE IV

 Josphine,  Milan.

   Castiglione, le 9 thermidor an IV, 8 heures du matin
   (21 juillet 1796).


J'espre qu'en arrivant ce soir je recevrai une de tes lettres. Tu sais,
ma chre Josphine, le plaisir qu'elles me font, et je suis sr que tu
te plais  les crire. Je partirai cette nuit pour Peschiera, pour les
montagnes de..., pour Vrone et de l j'irai  Mantoue et peut-tre 
Milan, recevoir un baiser, puisque tu m'assures qu'ils ne sont pas
glacs; j'espre que tu seras parfaitement rtablie alors, et que tu
pourras m'accompagner  mon quartier gnral pour ne plus me quitter.
N'es-tu pas l'me de ma vie et le sentiment de mon coeur?

Tes protgs sont un peu vifs, ils sentent l'ardent. Combien je leur
suis oblig de faire en eux quelque chose qui te soit agrable. Ils se
rendront  Milan. Il faut en tout un peu de patience.

Adieu, belle et bonne, toute non pareille, toute divine; mille baisers
amoureux.

BONAPARTE.




LETTRE V

 Josphine,  Milan.

   Castiglione, 4 thermidor an IV (22 juillet 1796).


Les besoins de l'arme exigent ma prsence dans ces environs; il est
impossible que je puisse m'loigner jusqu' venir  Milan; il me
faudrait cinq  six jours et il peut arriver pendant ce temps-l des
mouvements o ma prsence pourrait tre urgente ici.

Tu m'assures que ta sant est bonne; je te prie en consquence de venir
 Brescia. J'envoie  l'heure mme Murat pour t'y prparer un logement
dans la ville, comme tu le dsires.

Je crois que tu feras bien d'aller coucher le 6  Cassano, en partant
fort tard de Milan, et de venir le 7  Brescia, o le plus tendre des
amants t'attend. Je suis dsespr que tu puisses croire, ma bonne amie,
que mon coeur puisse s'ouvrir  d'autres qu' toi; il t'appartient par
droit de conqute et cette conqute sera solide, et ternelle. Je ne
sais pourquoi tu me parles de Mme Te..., dont je me soucie fort peu,
ainsi que des femmes de Brescia. Quant  tes lettres qu'il te fche que
j'ouvre, celle-ci sera la dernire; ta lettre n'tait pas arrive.

Adieu, ma tendre amie, donne-moi souvent de tes nouvelles. Viens
promptement me joindre et sois heureuse et sans inquitude; tout va
bien, et mon coeur est  toi pour la vie.

Aie soin de rendre  l'adjudant gnral Miollis la bote de mdailles
qu'il m'crit t'avoir remise. Les hommes sont si mauvaise langue et si
mchants qu'il faut se mettre en rgle sur tout.

Sant, amour et prompte arrive  Brescia.

J'ai  Milan une voiture  la fois de ville et de campagne; tu te
serviras de celle-l pour venir. Porte avec toi ton argenterie et une
partie des objets qui te sont ncessaires. Voyage  petites journes et
pendant le frais, afin de ne pas te fatiguer. La troupe ne met que trois
jours pour se rendre  Brescia. Il y a, en poste, pour quatorze heures
de chemin. Je t'invite  coucher le 6  Cassano; je viendrai  ta
rencontre le 7, le plus loin possible.

Adieu, ma Josphine. Mille tendres baisers.

BONAPARTE.




LETTRE VI

 Josphine,  Milan.

   Brescia, le 13 fructidor an IV (10 aot 1796).


J'arrive, mon adore amie, ma premire pense est de t'crire. Ta sant
et ton image ne sont pas sorties un instant de ma mmoire pendant toute
la route. Je ne serai tranquille que lorsque j'aurai reu des lettres de
toi. J'en attends avec impatience. Il n'est pas possible que tu te
peignes mon inquitude. Je t'ai laisse triste, chagrine et demi-malade.
Si l'amour le plus profond et le plus tendre pouvait te rendre heureuse,
tu devrais l'tre.... Je suis accabl d'affaires.

Adieu, ma douce Josphine; aime-moi, porte-toi bien et pense souvent,
souvent  moi.

BONAPARTE.




LETTRE VII

 Josphine,  Milan.

   Brescia, le 14 fructidor an IV (31 aot).


Je pars  l'instant pour Vrone. J'avais espr recevoir une lettre de
toi; cela me met dans une inquitude affreuse. Tu tais un peu malade
lors de mon dpart; je t'en prie, ne me laisse pas dans une pareille
inquitude. Tu m'avais promis plus d'exactitude; ta langue tait
cependant bien d'accord alors avec ton coeur... Toi,  qui la nature a
donn douceur, amnit et tout ce qui plat, comment peux-tu oublier
celui qui t'aime avec tant de chaleur? Trois jours sans lettres de toi;
je t'ai cependant crit plusieurs fois. L'absence est horrible, les
nuits sont longues, ennuyeuses et fades; la journe est monotone.

Aujourd'hui, seul avec les penses, les travaux, les critures, les
hommes et leurs fastueux projets, je n'ai pas mme un billet de toi que
je puisse presser contre mon coeur.

Le quartier gnral est parti; je pars dans une heure. J'ai reu cette
nuit un exprs de Paris; il n'y avait pour toi que la lettre ci-jointe
qui te fera plaisir.

Pense  moi, vis pour moi, sois souvent avec ton bien-aim et crois
qu'il n'est pour lui qu'un seul malheur qui l'effraie, ce serait de
n'tre plus aim de sa Josphine. Mille baisers bien doux, bien tendres,
bien exclusifs.

Fais partir de suite M. Monclas pour Vrone; je le placerai. Il faut
qu'il soit arriv avant le 18.

BONAPARTE.




LETTRE VIII

 Josphine,  Milan.

   Ala, le 17 fructidor an IV (3 septembre 1796).


Nous sommes en pleine campagne, mon adorable amie; nous avons culbut
les postes ennemis; nous leur avons pris huit ou dix chevaux avec un
pareil nombre de cavaliers. La troupe est trs gaie et bien dispose.
J'espre que nous ferons de bonnes affaires et que nous entrerons dans
Trente le 10.

Point de lettres de toi; cela m'inquite vraiment; l'on m'assure
cependant que tu te portes bien et que mme tu as t te promener au lac
de Cme. J'attends tous les jours et avec impatience le courrier o tu
m'apprendras de tes nouvelles; tu sais combien elles me sont chres. Je
ne vis pas loin de toi; le bonheur de la vie est prs de ma douce
Josphine. Pense  moi! cris-moi souvent, bien souvent; c'est le seul
remde  l'absence; elle est cruelle, mais sera, j'espre, momentane.

BONAPARTE.




LETTRE IX

 Josphine,  Milan.

   Montebello, le 24 fructidor an IV,  midi
   (10 septembre 1796).


L'ennemi a perdu, ma chre amie, dix-huit mille hommes prisonniers; le
reste est tu ou bless. Wurmser, avec une colonne de quinze cents
chevaux et cinq mille hommes d'infanterie, n'a plus d'autre ressource
que de se jeter dans Mantoue.

Jamais nous n'avons eu de succs aussi constants et aussi grands.
L'Italie, le Frioul, le Tyrol sont assurs  la Rpublique. Il faut que
l'empereur cre une seconde arme; artillerie, quipages de pont,
bagages, tout est pris.

Sous peu de jours nous nous verrons; c'est la plus douce rcompense de
mes fatigues et de mes peines.

Mille baisers ardents et bien amoureux.

BONAPARTE.




LETTRE X

 Josphine,  Milan.

   Ronco, le 26 fructidor an IV,  10 heures du matin
   (12 septembre 1706).


Je suis ici, ma chre Josphine, depuis deux jours, mal couch, mal
nourri et bien contrari d'tre loin de toi.

Wurmser est cern; il a avec lui trois mille hommes de cavalerie et cinq
mille hommes d'infanterie. Il est  Porto-Legagno; il cherche  se
retirer  Mantoue; mais cela lui devient dsormais impossible. Ds
l'instant que cette affaire sera termine, je serai dans tes bras.

Je t'embrasse un million de fois.

BONAPARTE.




LETTRE XI

 Josphine,  Milan.

   Vrone, premier Jour complmentaire an IV
   (le 17 septembre 1796).


Je t'cris, ma bonne amie, bien souvent, et toi peu. Tu es une mchante
et une laide, bien laide, autant que tu es lgre. Cela est perfide,
tromper un pauvre mari, un tendre amant! Doit-il perdre ses droits parce
qu'il est loin, charg de besogne, de fatigue et de peine? Sans sa
Josphine, sans l'assurance de son amour, que lui reste-t-il sur la
terre? Qu'y ferait-il?

Nous avons eu hier une affaire trs sanglante; l'ennemi a perdu beaucoup
de monde et a t compltement battu. Nous lui avons pris le faubourg de
Mantoue.

Adieu, adorable Josphine; une de ces nuits, les portes s'ouvriront avec
fracas: comme un jaloux, et me voil dans tes bras.

Mille baisers amoureux.

BONAPARTE.




LETTRE XII

 Josphine,  Milan.

   Modne, le 23 vendmiaire an V,  9 heures du soir.
   (17 octobre 1796).


J'ai t avant-hier toute la journe en campagne. J'ai gard hier le
lit. La fivre et un violent mal de tte, tout cela m'a empch d'crire
 mon adorable amie; mais j'ai reu ses lettres; je les ai presses
contre mon coeur et mes lvres, et la douleur de l'absence, cent milles
d'loignement, ont disparu. Dans ce moment je t'ai vue prs de moi, non
capricieuse et fche, mais douce, tendre, avec cette onction de bont
qui est exclusivement le partage de ma Josphine. C'tait un rve; juge
si cela m'a guri de la fivre. Tes lettres sont froides comme cinquante
ans, elles ressemblent  quinze ans de mariage. On y voit l'amiti et
les sentiments de cet hiver de la vie. Fi! Josphine!... C'est bien
mchant, bien mauvais, bien tratre  vous. Que vous reste-t-il pour me
rendre bien  plaindre? Ne plus m'aimer? Eh! c'est dj fait. Me har?
Eh bien! je le souhaite, tout avilit hors la haine; mais l'indiffrence
au pouls de marbre,  l'oeil fixe,  la dmarche monotone!...

Mille, mille baisers bien tendres, comme mon coeur.

Je me porte un peu mieux, je pars demain. Les Anglais vacuent la
Mditerrane. La Corse est  nous. Bonne nouvelle pour la France et pour
l'arme.

BONAPARTE.




LETTRE XIII

 Josphine,  Milan.

   Vrone, le 10 brumaire an V (9 novembre 1790).


Je suis arriv depuis avant-hier  Vrone, ma bonne amie. Quoique
fatigu, je suis bien portant, bien affair et je t'aime toujours  la
passion. Je monte  cheval.

Je t'embrasse mille fois.

BONAPARTE.




LETTRE XIV

 Josphine,  Milan.

   Vrone, le 3 frimaire an V (13 novembre 1796).


Je ne t'aime plus du tout; au contraire, je te dteste. Tu es une
vilaine, bien gauche, bien bte, bien cendrillon. Tu ne m'cris pas du
tout, tu n'aimes pas ton mari; tu sais le plaisir que tes lettres lui
font, et tu ne lui cris pas six lignes jetes au hasard.

Que faites-vous donc toute la journe, madame? Quelle affaire si
importante vous te le temps d'crire  votre bien bon amant? Quelle
affection touffe et met de ct l'amour, le tendre et constant amour
que vous lui avez promis? Quel peut tre ce merveilleux, ce nouvel amant
qui absorbe tous vos instants, tyrannise vos journes et vous empche de
vous occuper de votre mari? Josphine, prenez-y garde, une belle nuit
les portes enfonces et me voil.

En vrit, je suis inquiet, ma bonne amie, de ne pas recevoir de tes
nouvelles; cris-moi vite quatre pages et de ces aimables choses qui
remplissent mon coeur de sentiment et de plaisir.

J'espre qu'avant peu je te serrerai dans mes bras, et je te couvrirai
d'un million de baisers brlants comme sous l'quateur.

BONAPARTE.




LETTRE XV

 Josphine,  Milan.

   Vrone, le 4 frimaire an V (24 novembre 1796).


J'espre bientt, ma douce amie, tre dans tes bras. Je t'aime  la
fureur. J'cris  Paris par ce courrier. Tout va bien. Wurmser a t
battu hier sous Mantoue. Il ne manque  ton mari que l'amour de
Josphine pour tre heureux.

BONAPARTE.




LETTRE XVI

 Josphine,  Gnes.

   Milan, le 7 frimaire an V,  trois heures
   aprs-midi (27 novembre 1796).


J'arrive  Milan, je me prcipite dans ton appartement, j'ai tout quitt
pour te voir, te presser dans mes bras;... tu n'y tais pas: tu cours
les villes avec des ftes; tu t'loignes de moi lorsque j'arrive, tu ne
te soucies plus de ton cher Napolon. Un caprice te l'a fait aimer,
l'inconstance te le rend indiffrent.

Accoutum aux dangers, je sais le remde aux ennuis et aux maux de la
vie. Le malheur que j'prouve est incalculable; j'avais droit de n'y pas
compter.

Je serai ici jusqu'au 9 dans la journe. Ne te drange pas; cours les
plaisirs; le bonheur est fait pour toi. Le monde entier est trop heureux
s'il peut te plaire, et ton mari seul est bien, bien malheureux.

BONAPARTE.




LETTRE XVII

 Josphine,  Gnes.

   Milan, le 8 frimaire an V, 8 heures du soir
   (28 novembre 1796).


Je reois le courrier que Berthier avait expdi  Gnes. Tu n'as pas eu
le temps de m'crire, je le sens facilement. Environne de plaisirs et
de jeux, tu aurais tort de me faire le moindre sacrifice.

Berthier a bien voulu me montrer la lettre que tu lui as crite. Mon
intention n'est pas que tu dranges rien  tes calculs, ni aux parties
de plaisir qui te sont offertes; je n'en vaux pas la peine et le bonheur
ou le malheur d'un homme que tu n'aimes pas n'a pas le droit
d'intresser.

Pour moi, t'aimer seule, te rendre heureuse, ne rien faire qui puisse te
contrarier, voil le destin et le but de ma vie.

Sois heureuse, ne me reproche rien, ne t'intresse pas  la flicit
d'un homme qui ne vit que de ta vie, ne jouit que de tes plaisirs et de
ton bonheur. Quand j'exige de toi un bonheur pareil au mien, j'ai tort:
pourquoi vouloir que la dentelle pse autant que l'or? Quand je te
sacrifie tous mes dsirs, toutes mes penses, tous les instants de ma
vie, j'obis  l'ascendant que tes charmes, ton caractre et toute ta
personne ont su prendre sur mon malheureux coeur. J'ai tort, si la
nature ne m'a pas donn les attraits pour te captiver; mais ce que je
mrite de la part de Josphine ce sont des gards, de l'estime, car je
l'aime  la fureur et uniquement.

Adieu, femme adorable; adieu, ma Josphine. Puisse le sort concentrer
dans mon coeur tous les chagrins et toutes les peines, mais qu'il donne
 ma Josphine des jours prospres et heureux. Qui le mrita plus
qu'elle? Quand il sera constat qu'elle ne peut plus aimer, je
renfermerai ma douleur profonde, et je me contenterai de pouvoir lui
tre utile et bon  quelque chose.

Je rouvre ma lettre pour te donner un baiser... Ah! Josphine!...
Josphine!...

BONAPARTE.




LETTRE XVIII

 Josphine,  Bologne.

   Le 28 pluvise an V (16 fvrier 1797).


Tu es triste, tu es malade, tu ne m'cris plus, tu veux t'en aller 
Paris. N'aimerais-tu plus ton ami? Cette ide me rend malheureux. Ma
douce amie, la vie est pour moi insupportable depuis que je suis
instruit de ta tristesse.

Je m'empresse de t'envoyer Moscati, afin qu'il puisse te soigner. Ma
sant est un peu faible; mon rhume dure toujours. Je te prie de te
mnager, de m'aimer autant que je t'aime, et de m'crire tous les jours.
Mon inquitude est sans gale.

J'ai dit  Moscati de t'accompagner  Ancne, si tu veux y venir. Je
t'crirai l pour te faire savoir o je suis.

Peut-tre ferai-je la paix avec le Pape et serai-je bientt prs de toi;
c'est le voeu le plus ardent de mon me.

Je te donne cent baisers. Crois que rien n'gale mon amour, si ce n'est
mon inquitude. cris-moi tous les jours toi-mme. Adieu, trs chre
amie.

BONAPARTE.




LETTRE XIX

 Josphine,  Bologne.

   Tolentino, 1er ventse an V (19 fvrier 1797).


La paix avec Rome vient d'tre signe. Bologne, Ferrare, la Romagne sont
cdes  la Rpublique. Le Pape nous donne 30 millions dans peu de temps
et des objets d'art.

Je pars demain matin pour Ancne, et, de l, pour Rimini, Ravenne et
Bologne. Si ta sant ta le permet, viens  Rimini ou Ravenne; mais
mnage-toi, je t'en conjure.

Pas un mot de ta main, bon Dieu! qu'ai-je donc fait? Ne penser qu' toi,
n'aimer que Josphine, ne vivre que pour ma femme, ne jouir que du
bonheur de mon amie, cela doit-il me mriter de sa part un traitement si
rigoureux? Mon amie, je t'en conjure, pense souvent  moi et cris-moi
tous les jours. Tu es malade ou tu ne m'aimes pas! Crois-tu donc que mon
coeur soit de marbre? Et mes peines t'intressent-elles si peu? Tu me
connatrais bien mal! Je ne le puis croire. Toi,  qui la nature a donn
l'esprit, la douceur et la beaut, toi qui seule pouvais rgner dans mon
coeur, toi qui sais trop, sans doute, l'empire absolu que tu as sur moi!

cris-moi, pense  moi et aime-moi.

Pour la vie tout  toi,

BONAPARTE.




LETTRES DE BONAPARTE, PREMIER CONSUL




LETTRE XX

 Josphine,  Paris.

   Le 26 florial an VIII (10 mai 1800)


Je pars dans l'instant pour aller coucher  Saint-Maurice. Je n'ai point
reu de lettres de toi, cela n'est pas bien; je t'ai crit tous les
courriers.

Eugne doit arriver aprs-demain. Je suis un peu enrhum, mais cela ne
sera rien.

Mille choses tendres  toi, ma bonne petite Josphine, et  tout ce qui
t'appartient.

BONAPARTE.




LETTRE XXI

 Josphine,  Plombires.

   Paris, le 27.....an X (1801).


Il fait si mauvais temps ici que je suis rest  Paris. Malmaison, sans
toi, est trop triste. La fte a t belle, elle m'a un peu fatigu. Le
vsicatoire que l'on m'a mis au bras me fait toujours souffrir beaucoup.

J'ai reu pour toi, de Londres, des plantes que j'ai envoyes  ton
jardinier. S'il fait aussi mauvais  Plombires qu'ici, tu souffriras
beaucoup des eaux.

Mille choses aimables  maman et  Hortense.

BONAPARTE.




LETTRE XXII

 Josphine,  Plombires.

   Malmaison, 30 prairial an XI (10 juin 1803).


Je n'ai pas encore reu de tes nouvelles; je pense cependant que tu as
dj d commencer  prendre les eaux. Nous sommes ici un peu tristes,
quoique l'aimable fille fasse les honneurs de la maison  merveille. Je
me sens depuis deux jours lgrement tourment de ma douleur. Le gros
Eugne est arriv hier au soir, il se porte  merveille.

Je t'aime comme le premier jour, parce que tu es bonne et aimable
par-dessus tout.

Hortense m'a dit qu'elle t'crivait souvent.

Mille choses aimables, et un baiser d'amour. Tout  toi.

BONAPARTE.




LETTRE XXIII

 Josphine,  Plombires.

   Malmaison, 4 messidor an XI (23 juin 1803).


J'ai reu ta lettre, ma bonne petite Josphine. Je vois avec peine que
tu as souffert de la route; mais quelques jours de repos te feront du
bien. Je suis assez bien portant. J'ai t hier  la chasse  Marly et
je m'y suis bless trs lgrement  un doigt en tirant un sanglier.

Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a t un peu malade, mais il
va mieux. Je crois que ce soir ces dames jouent le _Barbier de Sville_.
Le temps est trs beau. Je te prie de croire que rien n'est plus vrai
que les sentiments que j'ai pour ma petite Josphine.

Tout  toi.

BONAPARTE.




LETTRE XXIV

 Josphine,  Plombires.

   Malmaison, le 3 messidor an XI (27 juin 1803).


Ta lettre, bonne petite femme, m'a appris que tu tais incommode.
Corvisart m'a dit que c'tait un bon signe, que les bains te feraient
l'effet dsir et qu'ils te mettraient dans un bon tat. Cependant,
savoir que tu es souffrante est une peine sensible pour mon coeur.

J'ai t voir hier la manufacture de Svres et Saint-Cloud.

Mille choses aimables pour tous.

Pour la vie.

BONAPARTE.




LETTRE XXV

 Josphine,  Plombires.

   Malmaison, 12 messidor an XI (1er juillet 1803).


J'ai reu ta lettre du 10 messidor. Tu ne me parles pas de ta sant ni
de l'effet des bains. Je vois que tu comptes tre de retour dans huit
jours; cela fait grand plaisir  ton ami qui s'ennuie d'tre seul!...

Tu dois avoir vu le gnral Ney qui part pour Plombires: il se mariera
 son retour.

Hortense a jou hier Rosine dans le _Barbier de Sville_ avec son
intelligence ordinaire.

Je te prie de croire que je t'aime et suis fort impatient de te revoir.
Tout est triste ici sans toi.

BONAPARTE.




LETTRES DE NAPOLON, EMPEREUR




LETTRE XXVI

 l'Impratrice,  Aix-la-Chapelle.

   Boulogne, le 15 thermidor an XII
   (3 aot 1804).


Mon amie, j'espre apprendre bientt que les eaux t'ont fait beaucoup de
bien. Je suis pein de toutes les contrarits que tu as prouves. Je
dsire que tu m'crives souvent. Ma sant est trs bonne, quoique un peu
fatigue. Je serai sous peu de jours  Dunkerque, d'o je t'crirai.

Eugne est parti pour Blois.

Je te couvre de baisers.

NAPOLON.




LETTRE XXVII

 l'Impratrice,  Aix-la-Chapelle.

   Calais, 18 thermidor an XII (6 aot 1804).


Mon amie, je suis  Calais depuis minuit; je pense en partir ce soir
pour Dunkerque. Je suis content de ce que je vois et assez bien de
sant. Je dsire que les eaux te fassent autant de bien que m'en font le
mouvement, la vue des camps et la mer.

Eugne est parti pour Blois. Hortense se porte bien. Louis est 
Plombires.

Je dsire beaucoup te voir. Tu es toujours ncessaire  mon bonheur.
Mille choses aimables chez toi.

NAPOLON.




LETTRE XXVIII

 Josphine,  Strasbourg.

   Louisbourg, 13 vendmiaire an XIV (5 octobre 1805).


Je pars  l'instant pour continuer ma marche. Tu seras, mon amie, cinq
ou six jours sans avoir de mes nouvelles; ne t'en inquite pas, cela
tient aux oprations qui vont avoir lieu. Tout va bien, et comme je le
pouvais esprer.

J'ai assist ici  une noce du fils de l'lecteur avec une nice du roi
de Prusse. Je dsire donner une corbeille de trente-six mille  quarante
mille francs  la jeune princesse. Fais-la faire et envoie-la par un de
mes chambellans  la nouvelle marie, lorsque ces chambellans viendront
me rejoindre. Il faut que ce soit fait sur-le-champ.

Adieu, mon amie, je t'aime et t'embrasse.

NAPOLON.




LETTRE XXIX

 l'Impratrice,  Strasbourg.

   Augsbourg, le 1er brumaire an XIV (23 octobre 1805).


Les deux dernires nuits m'ont bien repos, et je vais partir demain
pour Munich. Je mande M. Talleyrand et M. Maret prs de moi; je les
verrai peu et je vais me rendre sur l'Inn pour attaquer l'Autriche au
sein de ses tats hrditaires. J'aurais bien dsir te voir, mais ne
compte pas que je t'appelle,  moins qu'il n'y ait un armistice ou des
quartiers d'hiver.

Adieu, mon amie, mille baisers. Mes compliments  ces dames.

NAPOLON.




LETTRE XXX

 l'Impratrice,  Strasbourg.

   Munich, le dimanche 5 brumaire an XIV (27 octobre 1805).


J'ai reu par Lemarois ta lettre. J'ai vu avec peine que tu t'tais trop
inquite. L'on m'a donn des dtails qui m'ont prouv toute la
tendresse que tu me portes; mais il faut plus de force et de confiance.
J'avais d'ailleurs prvenu que je serais six jours sans l'crire.

J'attends demain l'lecteur.  midi je pars pour confirmer mon mouvement
sur l'Inn. Ma sant est assez bonne. Il ne faut pas penser  passer le
Rhin avant quinze ou vingt jours. Il faut tre gaie, t'amuser, et
esprer qu'avant la fin du mois nous nous verrons.

Je m'avance contre l'arme russe. Dans quelques jours j'aurai pass
l'Inn.

Adieu, ma bonne amie, mille choses aimables  Hortense,  Eugne et aux
deux Napolon.

Garde la corbeille quelque temps encore.

J'ai donn hier aux dames de cette cour un concert. Le matre de
chapelle est un homme de mrite.

J'ai chass  une faisanderie de l'lecteur: tu vois que je ne suis pas
si fatigu.

M. de Talleyrand est arriv.

NAPOLON.




LETTRE XXXI

 l'Impratrice,  Strasbourg.

   Haag, le 11,  10 heures du soir, brumaire an XIV
   (3 novembre 1805).


Je suis en grande marche; le temps est trs froid, la terre couverte
d'un pied de neige. Cela est un peu rude. Il ne manque heureusement pas
de bois; nous sommes ici toujours dans les forts. Je me porte assez
bien. Mes affaires vont d'une manire satisfaisante; mes ennemis doivent
avoir plus de soucis que moi.

Je dsire avoir de tes nouvelles et apprendre que tu es sans inquitude.

Adieu, mon amie, je vais me coucher.

Napolon.




LETTRE XXXII

 l'Impratrice,  Strasbourg.

   Mardi, 14 brumaire an XIV (5 novembre 1805).


Je suis  Lintz. Le temps est beau. Nous sommes  vingt-huit lieues de
Vienne. Les Russes ne tiennent pas; ils sont en grande retraite. La
maison d'Autriche est fort embarrasse;  Vienne, on vacue tous les
bagages de la cour. Il est probable que d'ici  cinq ou six jours il y
aura du nouveau, je dsire bien te revoir. Ma sant est bonne.

Je t'embrasse.

NAPOLON.




LETTRE XXXIII

 l'impratrice,  Strasbourg.

   Le 24 brumaire,  9 heures du soir, an XIV
   (15 novembre 1805).


Je suis  Vienne depuis deux jours, ma bonne amie, un peu fatigu. Je
n'ai pas encore vu la ville de jour; je l'ai parcourue la nuit. Demain
je reois les notables et les corps. Presque toutes mes troupes sont au
del du Danube,  la poursuite des Russes.

Adieu, ma Josphine; du moment que cela sera possible, je te ferai
venir. Mille choses aimables pour toi.

NAPOLON.




LETTRE XXXIV

 l'Impratrice,  Strasbourg.

   Vienne, 25 brumaire an XIV (18 novembre 1805).


J'cris  M. d'Harville pour que tu partes et que tu te rendes  Bade,
de l  Stuttgard et de l  Munich. Tu donneras,  Stuttgard, la
corbeille  la princesse Paul. Il suffit qu'il y ait pour quinze mille 
vingt mille francs; le restant sera pour faire des prsents,  Munich,
aux filles de l'lectrice de Bavire. Tout ce que tu as su pour Mme
de Serrent est dfinitivement arrang. Porte de quoi faire des prsents
aux dames et aux officiers qui seront de service prs de toi. Sois
honnte, mais reois tous les hommages: l'on te doit tout et tu ne dois
rien que par honntet. L'lectrice de Wurtemberg est fille du roi
d'Angleterre, c'est une bonne femme, tu dois bien la traiter, mais
cependant sans affectation.

Je serai bien aise de te voir du moment que mes affaires me le
permettront. Je pars pour mon avant-garde. Il fait un temps affreux, il
neige beaucoup; du reste, toutes mes affaires vont bien.

Adieu, ma bonne amie.

NAPOLON.




LETTRE XXXV

 l'Impratrice,  Munich.

   Austerlitz, 14 frimaire an XIV
   (4 dcembre 1805).


J'ai conclu une trve. Les Russes s'en vont. La bataille d'Austerlitz
est la plus belle de toutes celles que j'ai donnes: quarante-cinq
drapeaux, plus de cent cinquante pices de canon, les tendards de la
garde de Russie, vingt gnraux, trente mille prisonniers, plus de vingt
mille tus; spectacle horrible!

L'empereur Alexandre est au dsespoir et s'en va en Russie. J'ai vu hier
 mon bivouac l'empereur d'Allemagne; nous causmes deux heures; nous
sommes convenus de faire vite la paix.

Le temps n'est pas encore trs mauvais. Voil enfin le repos rendu au
continent, il faut esprer qu'il va l'tre au monde: les Anglais ne
sauraient nous faire front.

Je verrai avec bien du plaisir le moment qui me rapprochera de toi.

Il court un petit mal d'yeux qui dure deux jours, je n'en ai pas encore
t atteint.

Adieu, ma bonne amie, je me porte assez bien et suis fort dsireux de
t'embrasser.

NAPOLON.




LETTRE XXXVI

 l'impratrice,  Munich.

   Schoenbrunn, 29 frimaire an XIV (20 dcembre 1803).


Je reois ta lettre du 25. J'apprends avec peine que tu es souffrante;
ce n'est pas l une bonne disposition pour faire cent lieues dans cette
saison. Je ne sais ce que je ferai: je dpends des vnements; je n'ai
pas de volont; j'attends tout de leur issue. Reste  Munich, amuse-toi;
ce n'est pas difficile, lorsqu'on a tant de personnes aimables et dans
un si beau pays. Je suis, moi, assez occup. Dans quelques jours je
serai dcid.

Adieu, mon amie; mille choses aimantes et tendres.

NAPOLON.




LETTRE XXXVII

 l'Impratrice,  Mayence.

   Gra, le 13,  2 heures du matin, 1806.


Je suis aujourd'hui  Gra, ma bonne amie; mes affaires vont fort bien
et tout comme je pouvais l'esprer. Avec l'aide de Dieu, en peu de jours
cela aura pris un caractre bien terrible, je crois, pour le pauvre roi
de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine
est  Erfurt avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce
cruel plaisir. Je me porte  merveille; j'ai dj engraiss depuis mon
dpart; cependant je fais, de ma personne, vingt et vingt-cinq lieues
par jour,  cheval, en voiture, de toutes les manires. Je me couche 
huit heures et suis lev  minuit; je songe quelquefois que tu n'es pas
encore couche.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE XXXVIII

 l'Impratrice,  Mayence.

   1er novembre, 2 heures du matin, 1806.


Talleyrand arrive et me dit, mon amie, que tu ne fais que pleurer. Que
veux-tu donc? Tu as ta fille, tes petits-enfants, et de bonnes
nouvelles; voil bien des moyens d'tre contente et heureuse.

Le temps est ici superbe; il n'a pas encore tomb de toute la campagne
une seule goutte d'eau. Je me porte fort bien, et tout va au mieux.

Adieu, mon amie; j'ai reu une lettre de M. Napolon; je ne crois pas
qu'elle soit de lui, mais d'Hortense.

Mille choses  tout le monde.

NAPOLON.




LETTRE XXXIX

 l'Impratrice,  Mayence.

   Le 6 novembre,  9 heures du soir, 1806.


J'ai reu ta lettre o tu me parais fche du mal que je dis des femmes;
il est vrai que je hais les femmes intrigantes au del de tout. Je suis
accoutum  des femmes bonnes, douces et conciliantes; ce sont celles
que j'aime. Si elles m'ont gt, ce n'est pas ma faute, mais la tienne.
Au reste, tu verras que j'ai t fort bon pour une qui s'est montre
sensible et bonne, Mme d'Hatzfeld. Lorsque je lui montrai la lettre
de son mari, elle me dit en sanglotant, avec une profonde sensibilit,
et navement: _Ah! c'est bien l son criture!_ Lorsqu'elle lisait, son
accent allait  l'me; elle me fit peine. Je lui dis: _Eh bien! madame,
jetez cette lettre au feu, je ne serai plus assez puissant pour faire
punir votre mari._ Elle brla la lettre et me parut bien heureuse. Son
mari est depuis fort tranquille: deux heures plus tard, il tait perdu.
Tu vois donc que j'aime les femmes bonnes, naves et douces; mais c'est
que celles-l seules te ressemblent.

Adieu, mon amie, je me porte bien.

NAPOLON.




LETTRE XL

 l'Impratrice,  Mayence.

   Le 18 novembre 1806.


Je reois ta lettre du 11 novembre. Je vois avec satisfaction que mes
sentiments te font plaisir. Tu as tort de penser qu'ils puissent tre
flatts; je t'ai parl de toi comme je te vois. Je suis afflig de
penser que tu t'ennuies  Mayence. Si le voyage n'tait pas si long, tu
pourrais venir jusqu'ici, car il n'y a plus d'ennemis, ou il est au del
de la Vistule, c'est--dire  plus de cent vingt lieues d'ici.
J'attendrai ce que tu en penses. Je serai bien aise aussi de voir M.
Napolon.

Adieu, ma bonne amie.

Tout  toi,

NAPOLON.

J'ai ici encore trop d'affaires pour que je puisse retourner  Paris.




LETTRE XLI

 l'Impratrice,  Mayence.

   Le 22 novembre,  10 heures du soir, 1806.


Je reois ta lettre. Je suis fch de te voir triste; tu n'as cependant
que des raisons d'tre gaie. Tu as tort de montrer tant de bont  des
gens qui s'en montrent indignes. Mme L... est une sotte, si bte que
tu devrais la connatre et ne lui prter aucune attention. Sois
contente, heureuse de mon amiti, de tout ce que tu m'inspires. Je me
dciderai dans quelques jours  t'appeler ici ou  t'envoyer  Paris.

Adieu, mon amie; tu peux actuellement aller, si tu veux,  Darmstadt, 
Francfort; cela te dissipera.

Mille choses  Hortense.

NAPOLON.




LETTRE XLII

 l'Impratrice,  Mayence.

   Posen, le 2 dcembre 1806.


C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Austerlitz. J'ai t  un bal de la
ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t'aime et te dsire. Mes troupes
sont  Varsovie. Il n'a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises
sont Franaises; mais il n'y a qu'une femme pour moi. La connatrais-tu?
Je te ferais bien son portrait, mais il faudrait trop le flatter pour
que tu te reconnusses; cependant,  dire vrai, mon coeur n'aurait que de
bonnes choses  en dire. Ces nuits-ci sont longues, tout seul.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE XLIII

 l'Impratrice, 4 Mayence.

   Le 3 dcembre,  midi, 1806.


Je reois ta lettre du 26 novembre, j'y vois deux choses: tu me dis que
je ne lis pas tes lettres; cela est mal pens. Je te sais mauvais gr
d'une si mauvaise opinion. Tu me dis que ce pourrait tre par quelque
rve de la nuit et tu ajoutes que tu n'es pas jalouse. Je me suis aperu
depuis longtemps que les gens colres soutiennent toujours qu'ils ne
sont pas colres, que ceux qui ont peur disent souvent qu'ils n'ont pas
peur; tu es donc convaincue de jalousie: j'en suis enchant! Du reste,
tu as tort; je ne pense  rien moins et dans les dserts de la Pologne
l'on songe peu aux belles... J'ai eu hier un bal de la noblesse de la
province d'assez belles femmes, assez riches, assez mal mises, quoique 
la mode de Paris.

Adieu, mon amie; je me porte bien.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE XLIV

 l'Impratrice,  Mayence.

   Posen, le 3 dcembre,  6 heures du soir.


Je reois ta lettre du 27 novembre, o je vois que ta petite tte s'est
monte. Je me suis souvenu de ce vers:

     Dsir de femme est un feu qui dvore.

Il faut cependant te calmer. Je t'ai crit que j'tais en Pologne, que
lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir; il faut
donc attendre quelques jours. Plus on est grand et moins on doit avoir
de volont; l'on dpend des vnements et des circonstances. Tu peux
aller  Francfort et  Darmstadt. J'espre sous peu de temps t'appeler;
mais il faut que les vnements le veuillent. La chaleur de ta lettre me
fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de
barrires; ce que vous voulez doit tre; mais moi, je me dclare le plus
esclave des hommes: mon matre n'a pas d'entrailles, et ce matre c'est
la nature des choses.

Adieu, mon amie; porte-toi bien. La personne dont j'ai voulu te parler
est Mme L... dont tout le monde dit bien du mal: l'on m'assure
qu'elle tait plus Prussienne que Franaise. Je ne le crois pas; mais je
la crois une sotte qui ne dit que des btises.

NAPOLON.




LETTRE XLV

 l'Impratrice,  Mayence.

   Le 10 dcembre, 5 heures du soir, 1806.


Un officier m'apporte un tapis de ta part; il est un peu court et
troit; je ne t'en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps
est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t'aime et te dsire
beaucoup.

Adieu, mon amie; je t'crirai de venir avec au moins autant de plaisir
que tu voudras.

Tout  toi,

NAPOLON.

Un baiser  Hortense,  Stphanie et  Napolon.




LETTRE XLVI

 l'Impratrice,  Mayence.

   Pultusk, le 31 dcembre 1806.


J'ai bien ri en recevant tes dernires lettres. Tu te fais des belles de
la Pologne une ide qu'elles ne mritent pas. J'ai eu deux ou trois
jours de plaisir d'entendre Par et deux chanteuses qui m'ont fait de
trs bonne musique. J'ai reu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant
de la boue, du vent et de la paille pour tout lit. Je serai demain 
Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette anne. L'arme va entrer
en quartiers d'hiver. Je hausse les paules de la btise de Mme de
L...; tu devrais cependant te fcher et lui conseiller de n'tre pas si
sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens.

Quant  moi, je mprise l'ingratitude comme le plus vilain dfaut du
coeur. Je sais qu'au lieu de te consoler ils t'ont fait de la peine.

Adieu, mon amie; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives aller 
Cassel; cela n'est pas convenable. Tu peux aller  Darmstadt.

NAPOLON.




LETTRE XLVII

 l'Impratrice,  Mayence.

   Varsovie, le 3 janvier 1807.


J'ai reu ta lettre, mon amie. Ta douleur me touche; mais il faut bien
se soumettre aux vnements. Il y a trop de pays  traverser depuis
Mayence jusqu' Varsovie; il faut donc que les vnements me permettent
de me rendre  Berlin pour que je t'crive d'y venir. Cependant l'ennemi
battu s'loigne, mais j'ai bien des choses  rgler ici. Je serais assez
d'opinion que tu retournasses  Paris, o tu es ncessaire. Renvoie ces
dames qui ont leurs affaires; tu gagneras d'tre dbarrasse de gens qui
ont d bien te fatiguer.

Je me porte bien; il fait mauvais. Je t'aime de coeur.

NAPOLON.




LETTRE XLVIII

 l'Impratrice,  Mayence.

   Varsovie, 7 Janvier 1807.


Mon amie, je suis touch de tout ce que tu me dis; mais la saison
froide, les chemins trs mauvais, peu srs, je ne puis donc consentir 
t'exposer  tant de fatigues et de dangers. Rentre  Paris pour y passer
l'hiver. Va aux Tuileries, reois et fais la mme vie que tu as
l'habitude de mener quand j'y suis; c'est l ma volont. Peut-tre ne
tarderai-je pas  t'y rejoindre, mais il est indispensable que tu
renonces  faire trois cents lieues dans cette saison,  travers des
pays ennemis, et sur les derrires de l'arme. Crois qu'il m'en cote
plus qu' toi de retarder de quelques semaines le bonheur de te voir,
mais ainsi l'ordonnent les vnements et le bien des affaires.

Adieu, ma bonne amie; sois gaie et montre du caractre.

NAPOLON.




LETTRE XLIX

 l'Impratrice,  Mayence.

   Varsovie, le 8 janvier 1807.


Ma bonne amie, je reois ta lettre du 27 avec celles de M. Napolon et
d'Hortense qui y taient jointes. Je t'avais prie de rentrer  Paris.
La saison trop mauvaise, les chemins peu srs et dtestables, les
espaces trop considrables pour que je permette que tu viennes jusqu'ici
o mes affaires me retiennent. Il te faudrait au moins un mois pour
arriver. Tu y arriveras malade; il faudrait peut-tre repartir alors; ce
serait donc folie. Ton sjour  Mayence est trop triste; Paris te
rclame; vas-y, c'est mon dsir. Je suis plus contrari que toi; j'eusse
aim  partager les longues nuits de cette saison avec toi, mais il faut
obir aux circonstances.

Adieu, mon amie.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE L

 l'Impratrice,  Mayence.

   Varsovie, le 11 Janvier 1807.


J'ai reu ta lettre du 27, o je vois que tu tais un peu inquite sur
les vnements militaires. Tout est fini, comme je te l'ai mand  ma
satisfaction, mes affaires vont bien. L'loignement est trop
considrable pour que je permette que, dans cette saison, tu viennes si
loin. Je me porte fort bien, un peu ennuy quelquefois de la longueur
des nuits.

Je vois ici, jusqu' cette heure, assez peu de monde.

Adieu, mon amie; je dsire que tu sois gaie et que tu donnes un peu de
vie  la capitale. Je voudrais fort y tre.

Tout  toi,

NAPOLON.

J'espre que la reine est alle  La Haye avec M. Napolon.




LETTRE LI

 l'Impratrice,  Mayence.

   Le 16 Janvier 1807.

Ma bonne amie, j'ai reu ta lettre du 5 janvier; tout ce que tu me dis
de ta douleur me peine. Pourquoi des larmes, du chagrin? N'as-tu donc
plus de courage? Je te verrai bientt; ne doute jamais de mes sentiments
et, si tu veux m'tre plus chre encore, montre du caractre et de la
force d'me. Je suis humili de penser que ma femme puisse se mfier de
mes destines.

Adieu, mon amie; je t'aime, je dsire te voir et veux te savoir contente
et heureuse.

NAPOLON.




LETTRE LII

 l'Impratrice,  Mayence.

   Varsovie, le 18 janvier 1807.


Je crains que tu n'aies bien du chagrin de notre sparation qui doit
encore se prolonger de quelques semaines et de ton retour  Paris.
J'exige que tu aies plus de force. L'on me dit que tu pleures toujours:
fi! que cela est laid! Ta lettre du 7 janvier me fait de la peine. Sois
digne de moi et prends plus de caractre. Fais  Paris la reprsentation
convenable et surtout sois contente.

Je me porte trs bien et je t'aime beaucoup; mais, si tu pleures
toujours, je te croirai sans courage et sans caractre; je n'aime pas
les lches, une impratrice doit avoir du coeur.

NAPOLON.




LETTRE LIII

 l'Impratrice,  Mayence.

   Varsovie, le 19 janvier 1807.


Mon amie, je reois ta lettre; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis
dsespr du ton de tes lettres et de ce qui me revient. Je te dfends
de pleurer, d'tre chagrine et inquite; je veux que tu sois gaie,
aimable et heureuse.

NAPOLON.




LETTRE LIV

 l'Impratrice,  Mayence.

   Le 23 janvier 1807.


Je reois ta lettre du 15 janvier. Il est impossible que je permette 
des femmes un voyage comme celui-ci: mauvais chemins, chemins peu srs
et fangeux. Retourne  Paris, sois-y gaie, contente; peut-tre y
serai-je aussi bientt. J'ai ri de ce que tu me dis que tu as pris un
mari pour tre avec lui; je pensais, dans mon ignorance, que la femme
tait faite pour le mari, le mari pour la patrie, la famille et la
gloire; pardon de mon ignorance, l'on apprend toujours avec nos belles
dames.

Adieu, mon amie; crois qu'il m'en cote de ne pas te faire venir;
dis-toi: c'est une preuve combien je lui suis prcieuse.

NAPOLON.




LETTRE LV

 l'Impratrice,  Paris.

   Le 26,  midi, 1807.


Ma bonne amie, j'ai reu ta lettre; je vois avec peine comme tu
t'affliges. Le pont de Mayence ne rapproche ni n'loigne les distances
qui nous sparent. Rentre donc  Paris. Je serais fch et inquiet de te
savoir si malheureuse et si isole  Mayence. Tu comprends que je ne
dois, que je ne puis consulter que mon coeur, je serais avec toi ou toi
avec moi; car tu serais bien injuste si tu doutais de mon amour et de
tous mes sentiments.

NAPOLON.




LETTRE LVI

 l'Impratrice,  Paris.

   Wittemberg, le 1er fvrier,  midi, 1807.


Ta lettre du 11, de Mayence, m'a fait rire. Je suis aujourd'hui 
quarante lieues de Varsovie; le temps est froid mais beau.

Adieu, mon amie; sois heureuse, aie du caractre.

NAPOLON.




LETTRE LVII

    l'Impratrice,  Paris.


Mon amie, ta lettre du 20 janvier m'a fait de la peine; elle est trop
triste. Voil le mal de ne pas tre un peu dvote! Tu me dis que ton
bonheur fait ta gloire, cela n'est pas gnreux; il faut dire: le
bonheur des autres fait ma gloire, cela n'est pas conjugal; il faut
dire: le bonheur de mon mari fait ma gloire, cela n'est pas maternel; il
faudrait dire: le bonheur de mes enfants fait ma gloire; or, comme les
peuples, ton mari, tes enfants ne peuvent tre heureux qu'avec un peu de
gloire, il ne faut pas tant en faire fi! Josphine, votre coeur est
excellent et votre raison faible; vous sentez  merveille, mais vous
raisonnez moins bien.

Voil assez de querelle; je veux que tu sois gaie, contente de ton sort,
et que tu obisses, non en grondant et en pleurant, mais de gait de
coeur et avec un peu de bonheur.

Adieu, mon amie; je pars cette nuit pour parcourir mes avant-postes.

NAPOLON.




LETTRE LVIII

 l'Impratrice,  Paris.

   Eylau, 3 heures du matin, 9 fvrier 1807.


Mon amie, il y a eu hier une grande bataille; la victoire m'est reste,
mais j'ai perdu bien du monde; la perte de l'ennemi, qui est plus
considrable encore, ne me console pas. Enfin, je t'cris ces deux
lignes moi-mme, quoique je sois bien fatigu, pour te dire que je suis
bien portant et que je t'aime.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LIX

 l'Impratrice,  Paris.

   Eylau, le 9 fvrier,  6 heures du soir, 1807.


Je t'cris un mot, mon amie, afin que tu ne sois pas inquite. L'ennemi
a perdu la bataille, quarante pices de canon, dix drapeaux, douze mille
prisonniers; il a horriblement souffert. J'ai perdu du monde: seize
mille tus, trois mille ou quatre mille blesss.

Ton cousin Tascher se porte bien; je l'ai appel prs de moi avec le
titre d'officier d'ordonnance.

Corbineau a t tu d'un obus; je m'tais singulirement attach  cet
officier qui avait beaucoup de mrite; cela me fait de la peine. Ma
garde  cheval s'est couverte de gloire. D'Allemagne est bless
dangereusement.

Adieu, mon amie.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LX

 l'Impratrice,  Paris.

   Eylau, le 11 fvrier,  8 heures du matin, 1807.


Je t'cris un mot, mon amie; tu dois avoir t bien inquite. J'ai battu
l'ennemi dans une mmorable journe, mais qui m'a cot bien des braves.
Le mauvais temps qu'il fait me force  prendre mes cantonnements.

Ne te dsole pas, je te prie; tout cela finira bientt et le bonheur de
te voir me fera promptement oublier mes fatigues. Au reste, je n'ai
jamais t si bien portant.

Le petit Tascher, du 4e de ligne, s'est bien comport; il a eu une
rude preuve. Je l'ai appel prs de moi, je l'ai fait officier
d'ordonnance; ainsi, voil ses peines finies. Ce jeune homme
m'intresse.

Adieu, ma bonne amie; mille baisers.

NAPOLON.




LETTRE LXI

 l'Impratrice,  Paris.

   Eylau, le 14 fvrier 1807.

Mon amie, je suis toujours  Eylau. Ce pays est couvert de morts et de
blesss. Ce n'est pas la belle partie de la guerre; l'on souffre et
l'me est oppresse de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai
fait ce que je voulais et j'ai repouss l'ennemi en faisant chouer ses
projets.

Tu dois tre inquite, et cette pense m'afflige. Toutefois,
tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie.

Tout  toi,

NAPOLON.

Dis  Caroline et  Pauline que le grand-duc et le prince se portent
trs bien.




LETTRE LXII

 l'Impratrice,  Paris.

   Liebstadt, le 21,  2 heures du matin, 1807.

Je reois ta lettre du 4 fvrier; j'y vois avec plaisir que ta sant est
bonne. Paris achvera de te rendre la gaiet et le repos, le retour 
tes habitudes, la sant.

Je me porte  merveille. Ce temps et le pays sont mauvais. Mes affaires
vont assez bien; il dgle et gle dans vingt-quatre heures: l'on ne
peut voir un hiver aussi bizarre.

Adieu, mon amie; je t'aime, je pense  toi et dsire te savoir contente,
gaie et heureuse.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LXIII

 l'Impratrice,  Paris.

   Osterode, le 2 mars 1807.

Mon amie, il y a deux ou trois jours que je ne t'ai crit; je me le
reproche; je connais tes inquitudes. Je me porte fort bien; mes
affaires sont bonnes. Je suis dans un mauvais village, o je passerai
encore bien du temps: cela ne vaut pas la grande ville. Je te le rpte,
je ne me suis jamais si bien port; tu me trouveras fort engraiss.

Il fait ici un temps de printemps; la neige fond, les rivires dglent,
cela me fait plaisir.

J'ai ordonn ce que tu dsires pour Malmaison; sois gaie et heureuse,
c'est ma volont.

Adieu, mon amie; je t'embrasse de coeur.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LXIV

 l'Impratrice,  Paris.

   Le 27,  7 heures du soir, 1807.


Mon amie, ta lettre me fait de la peine. Tu ne dois pas mourir; tu te
portes bien, et tu ne peux avoir aucun sujet raisonnable de chagrin.

Je pense que tu dois aller au mois de mai  Saint-Cloud; mais il faut
rester tout le mois d'avril  Paris.

Ma sant est bonne. Mes affaires vont bien.

Tu ne dois pas penser  voyager cet t; tout cela n'est pas possible;
tu ne dois pas courir les auberges et les camps. Je dsire, autant que
toi, te voir, et mme vivre tranquille.

Je sais faire autre chose que la guerre, mais le devoir passe avant
tout. Toute ma vie, j'ai tout sacrifi, tranquillit, intrt, bonheur,
 ma destine.

Adieu, mon amie. Vois peu cette Mme de P..., c'est une femme de
mauvaise socit; cela est trop commun et trop vil.

Napolon.

J'ai eu lieu de me plaindre de M. T..., je l'ai envoy dans sa terre, en
Bourgogne; je ne veux plus en entendre parler.




LETTRE LXV

 l'Impratrice,  Paris.

   Le 10 mai 1807.


Je reois ta lettre. Je ne sais ce que tu me dis des dames en
correspondance avec moi. Je n'aime que ma petite Josphine, bonne,
boudeuse et capricieuse, qui sait faire une querelle avec grce, comme
tout ce qu'elle fait; car elle est toujours aimable, hors cependant
quand elle est jalouse: alors elle devient toute diablesse. Mais
revenons  ces dames. Si je devais m'occuper de quelqu'une d'entre
elles, je t'assure que je voudrais qu'elles fussent de jolis boutons de
rose. Celles dont tu parles sont-elles dans ce cas?

Je dsire que tu ne dnes jamais qu'avec des personnes qui ont dn avec
moi; que ta liste soit la mme pour tes cercles, que tu n'admettes
jamais  Malmaison, dans ton intimit, des ambassadeurs et des
trangers. Si tu faisais diffremment, tu me dplairais; enfin ne te
laisse pas circonvenir par des personnes que je ne connais pas et qui ne
viendraient pas chez toi si j'y tais.

Adieu, mon amie.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LXVI

 l'Impratrice,  Saint-Cloud.

   Friedland, le 15 juin 1807.


Mon amie, je ne t'cris qu'un mot, car je suis bien fatigu; voil bien
des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement clbr
l'anniversaire de la bataille de Marengo.

La bataille de Friedland sera aussi clbre et est aussi glorieuse pour
mon peuple. Toute l'arme russe est en droute, quatre-vingts pices de
canon, trente mille hommes pris ou tus; vingt-cinq gnraux russes
tus, blesss ou pris; la garde russe crase: c'est une digne soeur de
Marengo, Austerlitz, Ina. Le bulletin te dira le reste. Ma perte n'est
pas considrable; j'ai manoeuvr l'ennemi avec succs.

Sois sans inquitude et contente.

Adieu, mon amie; je monte  cheval.

NAPOLON.

L'on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arrive
avant le bulletin. On peut aussi tirer le canon, Cambacrs fera la
notice.




LETTRE LXVII

 l'Impratrice,  Saint-Cloud.

   Le 6 juillet 1807.


J'ai reu ta lettre du 25 juin. J'ai vu avec peine que tu tais goste
et que les succs de mes armes seraient pour toi sans attraits.

La belle reine de Prusse doit venir dner avec moi aujourd'hui.

Je me porte bien et dsire beaucoup te revoir, quand le destin l'aura
marqu. Cependant, il est possible que cela ne tarde pas.

Adieu, mon amie; mille choses aimables.

NAPOLON.




LETTRE LXVIII

 l'Impratrice,  Saint-Cloud.

   Le 7 juillet 1807.


Mon amie, la reine de Prusse a dn hier avec moi. J'ai eu  me dfendre
de ce qu'elle voulait m'obliger  faire encore quelques concessions 
son mari; mais j'ai t galant, et me suis tenu  ma politique. Elle est
fort aimable. J'irai te donner des dtails qu'il me serait impossible de
te donner sans tre bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec
la Prusse et la Russie sera conclue et Jrme reconnu roi de Westphalie,
avec trois millions de population. Ces nouvelles pour toi seule.

Adieu, mon amie; je t'aime et veux te savoir contente et gaie.

NAPOLON.




LETTRE LXIX

 l'Impratrice,  Saint-Cloud.

   Le 18,  midi, 1807.


Mon amie, je suis arriv hier  cinq heures du soir  Dresde, fort bien
portant, quoique je sois rest cent heures en voiture, sans sortir. Je
suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc
rapproch de toi de plus de moiti du chemin.

Il se peut qu'une de ces belles nuits je tombe  Saint-Cloud comme un
jaloux; je t'en prviens.

Adieu, mon amie; j'aurai grand plaisir  te voir.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LXX

 l'Impratrice,  Paris.

   Le 9 janvier 1809.


Moustache m'apporte une lettre de toi du 31 dcembre. Je vois, mon amie,
que tu es triste et que tu as l'inquitude trs noire. L'Autriche ne me
fera pas la guerre. Si elle me la fait, j'ai cent cinquante mille hommes
en Allemagne, et autant sur le Rhin, et quatre cent mille Allemands pour
lui rpondre. La Russie ne se sparera pas de moi. On est fou  Paris;
tout marche bien.

Je serai  Paris aussitt que je le croirai utile. Je te conseille de
prendre garde aux revenants; un beau jour,  deux heures du matin...

Mais adieu, mon amie; je me porte bien, et suis tout  toi.

NAPOLON.




LETTRE LXXI

 l'Impratrice,  Plombires.

   Le 19 juin,  midi, 1809.


Je reois ta lettre, o tu m'annonces ton dpart pour Plombires. Je
vois ce voyage avec plaisir, parce que j'espre qu'il te fera du bien.

Eugne est en Hongrie, et se porte bien. Ma sant est fort bonne, et
l'arme en bon tat.

Je suis bien aise de savoir le grand-duc de Berg avec toi.

Adieu, mon amie; tu connais mes sentiments pour Josphine; ils sont
invariables.

NAPOLON.




LETTRE LXXII

 l'Impratrice,  Paris.

   Schoenbrunn, le 21 aot 1809.


J'ai reu ta lettre du 14 aot, de Plombires; j'y vois que tu seras
arrive le 18  Paris ou  Malmaison. Tu auras t malade de la chaleur,
qui est bien grande ici. Malmaison doit tre bien sec et brl par ce
temps-l.

Ma sant est bonne. Je suis cependant un peu enrhum de la chaleur.

Adieu, mon amie.

NAPOLON.




LETTRE LXXIII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Le 31 aot 1809.


Je n'ai pas reu de lettres de toi depuis plusieurs jours; les plaisirs
de Malmaison, les belles serres, les beaux jardins, font oublier les
absents; c'est la rgle, dit-on, chez vous autres. Tout le monde ne
parle que de ta bonne sant; tout cela m'est fort sujet  caution.

Je vais demain faire une absence de deux jours en Hongrie avec Eugne.
Ma sant est bonne.

Adieu, mon amie.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LXXIV

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Kems, le 9 septembre 1809.


Mon amie, je suis ici depuis hier  deux heures du matin; j'y suis pour
voir mes troupes. Ma sant n'a jamais t meilleure. Je sais que tu es
bien portante.

Je serai  Paris au moment o personne ne m'attendra plus.

Tout va ici fort bien, et  ma satisfaction.

Adieu, mon amie.

NAPOLON.




LETTRE LXXV

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Le 23 septembre 1809.


J'ai reu ta lettre du 16, je vois que tu te portes bien. La maison de
la vieille fille ne vaut que cent vingt mille francs; ils n'en
trouveront jamais plus. Cependant, je te laisse matresse de faire ce
que tu voudras, puisque cela t'amuse, mais, une fois achete, ne fais
pas dmolir pour y faire quelques rochers.

Adieu, mon amie.

NAPOLON.




LETTRE LXXVI

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Le 25 septembre 1809.


J'ai reu ta lettre. Ne te fie pas, et je te conseille de te bien garder
la nuit; car une des prochaines, tu entendras grand bruit.

Ma sant est bonne; je ne sais ce que l'on dbite; je ne me suis jamais
mieux port depuis bien des annes: Corvisart ne m'tait point utile.

Adieu, mon amie; tout va ici fort bien.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRE LXXVII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Nymphenbourg, prs Munich, le 21 octobre 1809.


Je suis ici depuis hier bien portant; je ne partirai pas encore demain.
Je m'arrterai un jour  Stuttgard. Tu seras prvenue vingt-quatre
heures d'avance de mon arrive  Fontainebleau. Je me fais une fte de
te revoir, et j'attends ce moment avec impatience.

Je t'embrasse.

Tout  toi,

NAPOLON.




LETTRES DE NAPOLON  JOSPHINE APRS LE DIVORCE




LETTRE LXXVIII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   8 heures du soir, dcembre 1809.


Mon amie, je t'ai trouvs aujourd'hui plus faible que tu ne devais tre.
Tu as montr du courage, il faut que tu en trouves pour te soutenir; il
faut ne pas te laisser aller  une funeste mlancolie, il faut te
trouver contente, et surtout soigner ta sant, qui m'est si prcieuse.
Si tu m'es attache et si tu m'aimes, tu dois te comporter avec force et
te juger heureuse. Tu ne peux pas mettre en doute ma constante et tendre
amiti, et tu connatrais bien mal tous les sentiments que je te porte
si tu supposais que je puis tre heureux si tu n'es pas heureuse, et
content, si tu ne te tranquillises.

Adieu, mon amie, dors bien; songe que je le veux.

NAPOLON.




LETTRE LXXIX

 l'Impratrice,  Malmaison.

   7 heures du soir.


Je reois ta lettre, mon amie. Savary me dit que tu pleures toujours;
cela n'est pas bien. J'espre que tu auras pu te promener aujourd'hui.
Je t'ai envoy de ma chasse. Je viendrai te voir lorsque tu me diras que
tu es raisonnable et que ton courage prend le dessus.

Demain, toute la journe, j'ai les ministres.

Adieu, mon amie; je suis triste aussi aujourd'hui; j'ai besoin de te
savoir satisfaite et d'apprendre que tu prends de l'aplomb.

Dors bien.

NAPOLON.




LETTRE LXXX

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Jeudi,  midi, 1809.


Je voulais venir te voir aujourd'hui, mon amie; mais je suis trs occup
et un peu indispos. Je vais cependant aller au conseil. Je te prie de
me dire comment tu te portes.

Ce temps est bien humide et pas du tout sain.

NAPOLON.




LETTRE LXXXI

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Vendredi,  8 heures, 1810.


Je voulais venir te voir aujourd'hui, mais je ne le puis; ce sera,
j'espre, pour demain. Il y a bien longtemps que tu m'as donn de tes
nouvelles.

J'ai appris avec plaisir que tu t'tais promene dans ton jardin pendant
ces froids.

Adieu, mon amie; porte-toi bien, et ne doute jamais de mes sentiments.

NAPOLON.




LETTRE LXXXII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Dimanche,  8 heures du soir, 1810.


J'ai t bien content de t'avoir vue hier; je sens combien ta socit a
de charmes pour moi. J'ai travaill aujourd'hui avec Estve. J'ai
accord cent mille francs pour 1810, pour l'extraordinaire de Malmaison.
Tu peux donc faire planter tant que tu voudras; tu distribueras cette
somme comme tu l'entendras. J'ai charg Estve de te remettre deux cent
mille francs aussitt que le contrat de la maison Julien sera fait. J'ai
ordonn que l'on paierait ta parure de rubis, laquelle sera value par
l'intendance, car je ne veux pas de voleries de bijoutiers. Ainsi, voil
quatre cent mille francs que cela me cote.

J'ai ordonn que l'on tnt le million que la liste civile te doit, pour
1810,  la disposition de ton homme d'affaires, pour payer tes dettes.

Tu dois trouver dans l'armoire de Malmaison cinq cent mille  six cent
mille francs; tu peux les prendre pour faire ton argenterie et ton
linge.

J'ai ordonn qu'on te fit un trs beau service de porcelaine; l'on
prendra tes ordres pour qu'il soit trs beau.

NAPOLON.




LETTRE LXXXIII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Mercredi, 6 heures du soir, 1810.


Mon amie, je ne vois pas d'inconvnient que tu reoives le roi de
Wurtemberg quand tu voudras. Le roi et la reine de Bavire doivent aller
te voir aprs-demain.

Je dsire fort aller  Malmaison: mais il faut que tu sois forte et
tranquille: le page de ce matin dit qu'il t'a vue pleurer.

Je vais dner tout seul.

Adieu, mon amie; ne doute jamais de mes sentiments pour toi; tu serais
injuste et mauvaise.

NAPOLON.




LETTRE LXXXIV

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Samedi,  1 heure aprs-midi, 1810.


Mon amie, j'ai vu hier Eugne qui m'a dit que tu recevrais les rois.
J'ai t au concert jusqu' huit heures; je n'ai dn, tout seul, qu'
cette heure-l.

Je dsire bien te voir. Si je ne viens pas aujourd'hui, je viendrai
aprs la messe.

Adieu, mon amie; j'espre te trouver sage et bien portante. Ce temps-l
doit bien te peser.

NAPOLON.




LETTRE LXXXV

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Trianon, le 17 janvier 1810.


Mon amie, d'Audenarde, que je t'ai envoy ce matin, me dit que tu n'as
plus de courage depuis que tu es  Malmaison. Ce lieu est cependant tout
plein de nos sentiments, qui ne peuvent et ne doivent jamais changer, du
moins de mon cte.

J'ai bien envie de te voir, mais il faut que je sois sr que tu es
forte, et non faible; je le suis aussi un peu, et cela me fait un mal
affreux.

Adieu, Josphine; bonne nuit. Si tu doutais de moi, tu serais bien
ingrate.

NAPOLON.




LETTRE LXXXVI

 l'Impratrice,  Malmaison.

   30 Janvier 1810.


Mon amie, je reois ta lettre. J'espre que la promenade que tu as faite
aujourd'hui, pour montrer ta serre, t'aura fait du bien.

Je te saurai avec plaisir  l'lyse, et fort heureux de te voir plus
souvent; car tu sais combien je t'aime.

NAPOLON.




LETTRE LXXXVII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Mardi,  midi, 1810.


J'apprends que tu t'affliges, cela n'est pas bien. Tu es sans confiance
en moi, et tous les bruits que l'on rpand te frappent; ce n'est pas me
connatre, Josphine. Je t'en veux, et si je n'apprends que tu es gaie
et contente, j'irai te gronder bien fort.

Adieu, mon amie.

NAPOLON.




LETTRE LXXXVIII

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Samedi,  6 heures du soir, 1810.


J'ai dit  Eugne que tu aimais plutt  couter les bavards d'une
grande ville que ce que je te disais; qu'il ne faut pas permettre que
l'on te fasse des contes en l'air pour t'affliger.

J'ai fait transporter tes effets  l'lyse. Tu viendras incessamment 
Paris; mais sois tranquille et contente, et aie confiance entire en
moi.

NAPOLON.




LETTRE LXXXIX

 l'Impratrice,  l'lyse-Napolon.

   Vendredi, 6 heures du soir, 1810.


Savary me remet, en arrivant, ta lettre; je vois avec peine que tu es
triste; je suis bien aise que tu ne te sois pas aperue du feu.

J'ai eu beau temps  Rambouillet.

Hortense m'a dit que tu avais eu le projet de venir dner chez Bessires
et de retourner coucher  Paris. Je suis fch que tu n'aies pas pu
excuter ton projet.

Adieu, mon amie; sois gaie, songe que c'est le moyen de me plaire.

NAPOLON.




LETTRE XC

 l'Impratrice,  l'lyse-Napolon.

   19 fvrier 1810.


Mon amie, j'ai reu ta lettre. Je dsire te voir; mais les rflexions
que tu me fais peuvent tre vraies. Il y a peut-tre quelque
inconvnient  nous trouver sous le mme toit pendant la premire anne.
Cependant la campagne de Bessires est trop loin pour pouvoir revenir;
d'un autre ct, je suis un peu enrhum et je ne suis pas sr d'y aller.

Adieu, mon amie.

NAPOLON.




LETTRE XCI

 l'Impratrice,  Malmaison.

   Le 12 mars 1810.


Mon amie, j'espre que tu auras t contente de ce que j'ai fait pour
Navarre. Tu y auras vu un nouveau tmoignage du dsir que j'ai de t'tre
agrable.

Fais prendre possession de Navarre; tu pourras y aller le 25 mars passer
le mois d'avril.

Adieu, mon amie.

NAPOLON.




LETTRE XCII

De l'Impratrice Josphine  l'Empereur Napolon.

   Navarre, le 19 avril 1810.


Sire,

Je reois, par mon fils, l'assurance que Votre Majest consent  mon
retour  Malmaison, et qu'elle veut bien m'accorder les avances que je
lui ai demandes pour rendre habitable le chteau de Navarre.

Cette double faveur, Sire, dissipe en grande partie les inquitudes et
mme les craintes que le long silence de Votre Majest m'avait
inspires. J'avais peur d'tre entirement bannie de son souvenir: je
vois que je ne le suis pas. Je suis donc aujourd'hui moins malheureuse,
et mme aussi heureuse qu'il m'est dsormais possible de l'tre.

J'irai  la fin du mois  Malmaison, puisque Votre Majest n'y voit
aucun obstacle. Mais, je dois vous le dire, Sire, je n'aurais pas si tt
profit de la libert que Votre Majest me laisse  cet gard, si la
maison de Navarre n'exigeait pas, pour ma sant, et pour celle des
personnes de ma maison, des rparations qui sont urgentes. Mon projet
est de demeurer  Malmaison fort peu de temps; je m'en loignerai
bientt pour aller aux eaux. Mais, pendant que je serai  Malmaison,
Votre Majest peut tre sre que j'y vivrai comme si j'tais  mille
lieues de Paris. J'ai fait un grand sacrifice, Sire, et chaque jour je
sens davantage toute son tendue. Cependant, ce sacrifice sera ce qu'il
doit tre, il sera entier de ma part. Votre Majest ne sera trouble,
dans son bonheur, par aucune expression de mes regrets.

Je ferai sans cesse des voeux pour que Votre Majest soit heureuse,
peut-tre mme en ferai-je pour la revoir; que Votre Majest en soit
convaincue, je respecterai toujours sa nouvelle situation, je la
respecterai en silence; confiante dans les sentiments qu'elle me portait
autrefois, je n'en provoquerai aucune preuve nouvelle; j'attendrai tout
de sa justice et de son coeur.

Je me borne  lui demander une grce, c'est qu'elle daigne chercher
elle-mme un moyen de convaincre quelquefois, et moi-mme et ceux qui
m'entourent, que j'ai toujours une petite place dans son souvenir et une
grande place dans son estime et dans son amiti. Ce moyen, quel qu'il
soit, adoucira mes peines, sans pouvoir, ce me semble, compromettre, ce
qui m'importe avant tout, le bonheur de Votre Majest.

JOSPHINE.




LETTRE XCIII

Rponse de l'Empereur Napolon

 l'Impratrice Josphine,  Navarre.

   Compigne, le 21 avril 1810.


Mon amie, je reois ta lettre du 19 avril; elle est d'un mauvais style.
Je suis toujours le mme; mes pareils ne changent jamais. Je ne sais ce
qu'Eugne a pu te dire. Je ne t'ai pas crit, parce que tu ne l'as pas
fait, et que j'ai dsir tout ce qui peut t'tre agrable.

Je vois avec plaisir que tu ailles  Malmaison, et que tu sois contente;
moi, je le serai de recevoir de tes nouvelles et de te donner des
miennes. Je n'en dis pas davantage jusqu' ce que tu aies compar cette
lettre  la tienne; et, aprs cela, je te laisse juge qui est meilleur
et plus ami de toi ou de moi.

Adieu, mon amie; porte-toi tien et sois juste pour toi et pour moi.

NAPOLON.




LETTRE XCIV

Rponse de l'Impratrice Josphine.


Mille, mille tendres remerciements de ne m'avoir pas oublie. Mon fils
vient de m'apporter ta lettre. Avec quelle ardeur je l'ai lue, et
cependant j'y ai mis bien du temps; car il n'y a pas un mot qui ne m'ait
fait pleurer, mais ces larmes taient bien douces! J'ai retrouv mon
coeur tout entier, et tel qu'il sera toujours: il y a des sentiments qui
sont la vie mme et qui ne peuvent finir qu'avec elle.

Je serais au dsespoir que ma lettre du 19 t'et dplu; je ne m'en
rappelle pas entirement les expressions, mais je sais quel sentiment
bien pnible l'avait dicte, c'tait le chagrin de n'avoir pas de tes
nouvelles.

Je t'avais crit  mon dpart de Malmaison; et, depuis, combien de fois
j'aurais voulu t'crire! Mais je sentais les raisons de ton silence, et
je craignais d'tre importune par une lettre. La tienne a t un baume
pour moi. Sois heureux, sois-le autant que tu le mrites; c'est mon
coeur qui te parle. Tu viens aussi de me donner ma part de bonheur, et
une part bien vivement sentie: rien ne peut valoir pour moi une marque
de ton souvenir.

Adieu, mon ami; je te remercie aussi tendrement que je t'aimerai
toujours.

JOSPHINE.




LETTRE XCV

 l'Impratrice Josphine,  Navarre.

   Compigne, le 28 avril 1910.


Mon amie, je reois deux lettres de toi. J'cris  Eugne. J'ai ordonn
que l'on fit le mariage de Tascher avec la princesse de la Leyen.

J'irai demain  Anvers voir ma flotte et ordonner des travaux. Je serai
de retour le 15 mai.

Eugne me dit que tu veux aller aux eaux, ne te gne en rien. N'coute
pas les bavardages de Paris; ils sont oisifs et bien loin de connatre
le vritable tat des choses. Mes sentiments pour toi ne changent pas et
je dsire beaucoup te savoir heureuse et contente.

NAPOLON.




LETTRE XCVI

 l'Impratrice Eugnie,  Malmaison.


Mon amie, je reois ta lettre. Eugne te donnera des nouvelles de mon
voyage et de l'Impratrice. J'approuve fort que tu ailles aux eaux.
J'espre qu'elles te feront du bien.

Je dsire bien te voir. Si tu es  Malmaison  la fin du mois, je
viendrai te voir.

Ma sant est fort bonne; il me manque de te savoir contente et bien
portante. Fais-moi connatre le nom que tu voudrais porter en route.

Ne doute jamais de toute la vrit de mes sentiments pour toi; ils
dureront autant que moi; tu serais fort injuste si tu en doutais.

NAPOLON.




LETTRE XCVII

 l'Impratrice Josphine, aux eaux d'Aix, en Savoie.

   Rambouillet, le 8 juillet 1810.


Mon amie, j'ai reu ta lettre du 3 juillet. Tu auras vu Eugne, et sa
prsence t'aura fait du bien. J'ai appris avec plaisir que les eaux te
sont bonnes. Le roi de Hollande vient d'abdiquer la couronne, en
laissant la rgence, selon la Constitution,  la reine. Il a quitt
Amsterdam et laiss le grand-duc de Berg.

J'ai runi la Hollande  la France; mais cet acte a cela d'heureux qu'il
mancipe la reine, et cette infortune fille va venir  Paris avec son
fils, le grand-duc de Berg; cela la rendra parfaitement heureuse.

Ma sant est bonne. Je suis venu ici pour chasser quelques jours. Je te
verrai avec plaisir cet automne. Ne doute jamais de mon amiti. Je ne
change jamais. Porte-toi bien, sois gaie et crois  la vrit de mes
sentiments.

NAPOLON.




LETTRE XCVIII

 l'Impratrice Josphine,  Navarre.

   Fontainebleau, le 14 novembre 1810.


Mon amie, j'ai reu ta lettre. Hortense m'a parl de toi. Je vois avec
plaisir que tu es contente. J'espre que tu ne t'ennuies pas trop 
Navarre.

Ma sant est fort bonne. L'Impratrice avance heureusement dans sa
grossesse. Je ferai les diffrentes choses que tu me demandes pour ta
maison. Soigne bien ta sant, sois contente et ne doute jamais de mes
sentiments pour toi.

NAPOLON.




LETTRE XCIX

 l'Impratrice Josphine,  Navarre.


Je reois ta lettre. Je ne vois pas d'inconvnient au mariage de Mme
de Mackau avec Wattier, si cela lui convient; ce gnral est un fort
brave homme. Je me porte bien. J'espre avoir un garon; je te le ferai
savoir aussitt.

Adieu, mon amie. Je suis bien aise que Mme d'Arberg t'ait dit des
choses qui te fassent plaisir. Quand tu me verras, tu me trouveras avec
les mmes sentiments pour toi.

NAPOLON.




LETTRE C

 l'Impratrice Josphine,  Malmaison.

   Trianon, 25 aot 1813.


J'ai reu ta lettre. Je vois avec plaisir que tu es en bonne sant. Je
suis pour quelques jours  Trianon. Je compte aller  Compigne. Ma
sant est fort bonne.

Mets de l'ordre dans tes affaires; ne dpense que un million cinq cent
mille francs et mets de ct tous les ans autant; cela fera une rserve
de quinze millions en dix ans pour tes petits-enfants: il est doux de
pouvoir leur donner quelque chose et de leur tre utile. Au lieu de
cela, l'on me dit que tu as des dettes, cela serait bien vilain.
Occupe-toi de tes affaires et ne donne pas  qui en veut prendre. Si tu
me veux plaire, fais que je sache que tu as un gros trsor. Juge combien
j'aurais mauvaise opinion de toi si je te savais endette avec trois
millions de revenu.

Adieu, mon amie, porte-toi bien.

NAPOLON.




LETTRE CI

 l'Impratrice Josphine,  Malmaison

   Vendredi, 8 heures du matin, 1813.


J'envoie savoir comment tu te portes, car Hortense m'a dit que tu tais
au lit hier. J'ai t fch contre toi pour tes dettes; je ne veux pas
que tu en aies; au contraire, j'espre que tu mettras un million de ct
tous les ans, pour donner  tes petites-filles lorsqu'elles se
marieront.

Toutefois, ne doute jamais de mon amiti pour toi et ne te fais aucun
chagrin l-dessus.

Adieu, mon amie; annonce-moi que tu es bien portante. On dit que tu
engraisses comme une bonne fermire de Normandie.

NAPOLON.

       *       *       *       *       *




APPENDICES

DIALOGUE SUR L'AMOUR


_Ce texte, rdig par Bonaparte, en 1791, lors de son sjour  Valence,
 l'ge de vingt-deux ans, demeura inconnu pendant cent et trois ans._

_Cet crit d'un style sec et sans unit trace vigoureusement la
conception que Napolon devait avoir toute sa vie de la femme._

_Le sort de ce manuscrit fut mouvement._

_ sa chute, Napolon l'envoya  Fesch_[5] _enferm parmi d'autres dans
un des cartons de son cabinet. Fesch n'en prit jamais connaissance.  la
mort de celui-ci, en 1839, son grand vicaire, l'abb Lyonnet,  qui le
carton revint, en vendit le contenu  Libri_[6], _qui le revendit  des
amateurs, entre autres  lord Ashburnham, dont le fils, en 1884, le
cda, pour une somme de 675,000 francs,  la bibliothque
Mdico-Laurentienne de Florence, o il fut copi par MM. Frdric Masson
et Guido Biagi qui, en 1895, le publirent sous le titre de Napolon
inconnu._

[Note 5: Oncle de Napolon Ier, n  Ajaccio, archevque de Lyon
et grand aumonier de l'Empire.]

[Note 6: Collectionneur quivoque qui volait ce qu'il ne pouvait
acqurir.]

       *       *       *       *       *




DIALOGUE SUR L'AMOUR


DES MAZIS[7].--Comment, monsieur, qu'est-ce que l'amour? Eh quoi!
n'tes-vous donc pas compos comme les autres hommes?

[Note 7: Alexandre Des Mazis avait t  l'cole militaire de Paris,
l'instructeur d'infanterie de Bonaparte. Tous deux s'talent lis d'une
troite amiti qui se resserra au cours de communes garnisons. migr
sous la Terreur, Des Mazis ne rentra en France que sous le consulat.
Napolon le nomma administrateur mobilier de la couronne, officier civil
de sa maison et chambellan.  la chute de l'empereur, Des Mazis servit
les Bourbons.]

_Bonaparte_.--Je ne vous demande pas la dfinition de l'amour. Je fus
jadis amoureux et il m'en est rest assez de souvenir pour que je n'aie
pas besoin de ces dfinitions mtaphysiques qui ne font jamais
qu'embrouiller les choses; je vous dis plus que de nier son existence.
Je le crois nuisible  la socit, au bonheur individuel des hommes,
enfin je crois que l'amour fait plus de mal... et que ce serait un
bienfait d'une divinit protectrice que de nous en dfaire et d'en
dlivrer le monde.

DES MAZIS.--Quoi! l'amour nuisible  la socit, lui qui vivifie la
nature entire, source de toute production, de tout bonheur. Point
d'amour, monsieur, autant vaudrait-il anantir notre existence.

_Bonaparte_.--Vous vous chauffez. La passion vous transporte.
Reconnaissez, je vous en prie, votre ami. Ne me regardez pas avec
indignation et rpondez pourquoi, depuis que cette passion vous domine,
ne vous vois-je plus dans vos socits ordinaires? Que sont devenues vos
occupations? Pourquoi ngligez-vous vos parents, vos amis? Vos journes
entires sont sacrifies  une promenade monotone et solitaire jusqu'
ce que l'heure vous permette de voir votre Adlade.

DES MAZIS.--Eh! que m'importe  moi, monsieur, vos occupations, vos
socits?  quoi aboutit une science indigeste? Qu'ai-je  faire de ce
qui s'est pass il y a mille ans? Quelle influence puis-je avoir sur le
cours des astres? Que m'importe le minutieux dtail des discussions
puriles des hommes?... Je me suis occup de cela sans doute.
Qu'avais-je de mieux  faire? Il fallait bien par quelque moyen me
soustraire  l'ennui qui me menaait; mais croyez-moi, je sentais au
milieu de mon cabinet le vide de mon coeur. Parfois mon esprit tait
satisfait, mais mes sentiments!  Dieu! je n'ai fait que vgter tant
que je n'eus pas aim. Actuellement, au contraire, quand l'amour
m'arrache au sommeil, je ne dis plus: Pourquoi le soleil luit-il
aujourd'hui pour moi? Non! le premier rayon de lumire me prsente ma
chre Adlade en habit du matin. Je la vois penser  moi, me sourire.
Hier au soir elle me serrait la main, elle soupirait, nos regards se
rencontraient. Comme ils exprimaient nos sentiments! Je contemple un
portrait qui me ravit l'me. Cent fois je le remets pour le reprendre
aussitt. Cette promenade, monsieur, que vous appelez monotone, eh! non,
la vaste tendue du globe ne contient pas plus de varit. D'abord, mon
esprit repasse les choses qu'elle m'a dites; je relis le billet qu'elle
m'a crit; je pense  celui qui doit peindre toute l'tendue de mon
amour. Je le refais cent fois. Mon imagination s'lve; je vois bientt
mes feux couronns; je regrette tantt de ne pas avoir une fortune
immense  lui sacrifier. Ici mme, je voudrais avoir une couronne.
Concevez le charme de la proposer  ses parents, la joie que cela lui
causerait. Tout ce qui approche d'elle est sacr  mes yeux. Une autre
fois je penserai aux prparatifs des noces qui doivent bientt nous
unir, jusqu'aux prsents que je dois lui faire. Mon coeur se dilate 
imaginer quelque chose qui puisse l'obliger, lui prouver mon amour.
Voyez-vous le chteau o nous devons passer nos jours, les sombres
bosquets, les riantes prairies, les dlicieux parterres? Rien ne
m'affecte que le plaisir d'tre tous les jours  ct d'elle. Mais
bientt elle doit me donner des gages de notre amour... Mais vous riez!
En vrit, je vous dteste.

BONAPARTE.--Je ris des grandes occupations qui captivent votre me et
plus encore du feu avec lequel vous me les communiquez. Quelle maladie
trange s'est empare de vous? Je sens que la raison que vous appelez 
votre secours ne fera aucun effet et, dans le dlire o vous tes, vous
ferez plus que de fermer l'oreille  sa voix, vous la mpriserez.
Souvenez-vous que vous n'tes pas de sang-froid et que mon amiti fut
toujours le juge qui vous rappela  vos dsirs. Souvenez-vous que je
m'en suis toujours rendu digne. J'aurais besoin de rpter ici les
obligations que vous me devez et les marques qui vous sont connues de
mes sentiments, car, moi-mme je ne serais pas  l'abri de vos
invectives dans les accs de votre dlire. Car votre tat est pareil 
celui d'un malade qui ne voit que la chimre qu'il poursuit et sans
connatre la maladie qui la produit, ni la sant qu'il a perdue. Je
n'agiterai donc pas si vos plaisirs sont dignes de l'homme ou mme si
c'en sont. Je veux croire que ce sexe, roi du monde par sa force, son
industrie, son esprit et toutes ses autres facults naturelles, trouve
sa suprme flicit  languir dans les chanes d'une molle passion et
sous les lois d'un tre plus faible d'entendement comme de corps. Je
veux croire, comme vous le dites, que le souvenir de votre Adlade, son
image, sa conversation puissent vous ddommager des agrments de vos
occupations, de vos socits; mais n'est-il pas vrai que vous dsirez
toujours la fin de cet tat et que votre insatiable imagination voudrait
obtenir ce que la vertu d'Adlade ne peut vous accorder. Ma froide
tranquillit, je le vois, n'est pas propre  peindre le pesant fardeau
qui tourmente l'existence d'un amant dans le moindre chec qui lui
survient. Qu'Adlade s'absente pour quinze jours seulement, que
devenez-vous? Si un autre s'efforce  cet objet, que vous croyez vous
appartenir, que d'inquitude! Si une mre alarme trouve mauvaises de
trop frquentes visites qui font parler un public mchant, enfin,
monsieur, que sais-je, cent petites autres choses qui frappent fortement
un amant vous agitent. Souvent, les nuits se passent sans sommeil, les
repas sans manger. La terre n'a point d'endroit pour contenir votre
inquitude extrme. Votre sang bouillonne, vous marchez  grands pas, le
regard gar. Pauvre chevalier, est-ce l le bonheur? Je ne doute pas
que si, aujourd'hui, dans l'extase que vous a occasionne un serrement
de main, vous ne trouviez cet tat la suprme flicit, je ne doute pas,
dis-je, que, demain, dans une humeur contraire, vous ne trouviez votre
faiblesse insupportable. Mais, chevalier, voil votre position. S'il
fallait dfendre la patrie attaque, que feriez-vous? S'il fallait!...
Mais  quoi tes-vous bon? Confiera-t-on le bonheur de vos semblables 
un enfant qui pleure sans cesse, qui s'alarme ou se rjouit au seul
mouvement d'une autre personne? Confiera-t-on le secret de l'tat 
celui qui n'a point de volont?

DES MAZIS.--Toujours des grands mots vides de sens! Que fait  moi votre
tat, ses secrets? En vrit, vous tes inconcevable aujourd'hui. Vous
n'avez jamais raisonn si pitoyablement.

BONAPARTE.--Ah! chevalier, que vous importent l'tat, vos concitoyens,
la socit? Voil les suites d'un coeur relch, abandonn  la volupt.
Point de force, point de vertu dans votre sentier. Vous n'ambitionniez
que de faire le bien et aujourd'hui ce bien mme vous est indiffrent.
Quel est donc ce sentiment dprav qui a pris la place de votre amour
pour la vertu? Vous ne dsirez que de vivre ignor  l'ombre de vos
peupliers. Profonde philosophie! Ah! chevalier, que je dteste cette
passion qui a produit une si grande mtamorphose. Vous ne songez pas que
vous tirez vers l'gosme et tout vous est indiffrent: opinion des
hommes, estime de vos amis, amour de vos parents. Tout est captiv au
tyran fort de votre faiblesse. Un coup d'oeil, un serrement de main, un
baiser, chevalier et que vous importent alors la peine de la patrie, la
mauvaise opinion de vos amis; un attouchement corporel... mais je ne
veux pas vous irriter. Je le veux croire: l'amour a des plaisirs
incomparables, des peines encore plus grandes peut-tre, mais n'importe,
considrons seulement l'influence qu'il a dans l'tat de socit. Il est
vrai, chevalier, que, dans l'tat des choses, notre me, ne
indpendante, a besoin d'tre forme, dgrade. Si vous voulez, par les
institutions, que ds la naissance l'attention que tous les lgislateurs
ont donne  l'ducation... que nous sommes ns pour tre heureux, que
c'est la loi suprme que la nature a grave au fond de nous mmes. Il
est vrai que c'est la base qui nous a t donne pour servir de rgle 
notre conduite. Chacun, n juge de ce qui peut lui convenir, a donc le
droit de disposer de son corps comme de ses affections, mais cet tat
d'indpendance est vraiment oppos  l'tat de servitude o la socit
nous a mis.

En changeant d'tat il a donc fallu changer d'humeur. Il a donc fallu
substituer au cri de notre sentiment celui des prjugs. Voil la base
de toutes les institutions sociales. Il a fallu prendre l'homme ds son
origine pour en faire, s'il se peut, une autre crature. Croyez-vous,
sans ce changement, que tant d'hommes souffriraient d'tre avilis par un
petit nombre de grands seigneurs et que des palais somptueux seraient
respects par des hommes qui manquent de pain? La force est la loi des
animaux; la conviction est celle des hommes. On convint, soit pour
repousser les attaques des btes plus fortes, soit pour ne pas tre
expos  se battre  chaque instant, l'on convint, dis-je, de lois des
proprits et chacun fut assur au nom de tous de la proprit de son
champ.

Cette convention n'existait qu'entre un petit nombre d'hommes. Il fallut
donc des magistrats, soit pour repousser les attaques des peuplades
voisines, soit pour faire excuter la convention reue.

Ces magistrats sentirent le charme du commandement, mais les plus
alertes du peuple s'y opposrent. Ils furent gagns et ainsi associs
aux projets des ambitieux. Le peuple fut subjugu. Vous voyez
l'ingalit s'introduire  grands pas; vous voyez se former la classe
rgnante et la classe gouverne. La religion vint consoler les
malheureux qui se trouvaient dpouills de toute proprit. Elle vint
les enchaner pour toujours. Ce ne fut plus par les cris de la
conscience que l'homme devait se conduire. Non! L'on craignit qu'un
sentiment que l'on faisait tout au monde pour touffer ne reprt le
dessus.

Il y eut donc un Dieu. Ce Dieu conduisait le monde. Tout se faisait par
acte de sa volont. Il avait donn des lois crites... et l'empire des
prtres commena, empire qui probablement ne finira jamais.

Que l'homme donc soit dgrad, triste vrit! Mais que l'tat de socit
ne soit lgitime, c'est ce dont l'on ne peut disconvenir. Le silence des
hommes l-dessus est une approbation tacite que rien ne peut dmentir.
Vous avez vingt ans, monsieur, choisissez: ou renoncez  votre rang, 
votre fortune, et quittez un monde que vous dtestez, ou, vous
inscrivant dans le nombre des citoyens, soumettez-vous  ses lois. Vous
jouissez des avantages du contrat, serez-vous infidle aux autres
clauses? Ce ne serait pas vous croire honnte homme que d'en douter.
Vous devez donc tre attach  un tat qui vous procure tant de
bien-tre et procurant  la fois de faire un digne usage des avantages
qu'il vous a accords, vous devez rendre heureux le peuple au-dessus
duquel vous tes et faire prosprer la socit qui vous a distingu.
Pour cela faire, il faut que, guid toujours par le flambeau de la
raison, vous puissiez balancer avec quit les droits des hommes  qui
vous vous devez. Pour cela faire, il faut que, prt  tout entreprendre
pour le service de l'tat, vous soyez soldat, homme d'affaires,
courtisan mme si l'intrt du peuple et de votre nation le demande. Ah!
que votre rcompense sera douce! Dfiez alors les malignes vapeurs de la
calomnie, de la jalousie! Dfiez hardiment le temps mme! Vos membres
dcrpits ne seront plus qu'une image imparfaite de ce qu'ils furent
jadis et ils attireront cependant le respect de tous ceux qui vous
approcheront. L'un racontera dans sa cabane le soulagement que vous lui
avez accord. L'autre, en faisant le rcit des complots des mchants,
dira: S'il ne ft venu  mon secours, j'eusse pri du supplice des
criminels. Chevalier, cesse de restreindre cette me altire et ce
coeur jadis si fier  une sphre aussi troite. Toi, aux genoux d'une
femme! Fais plutt tomber aux tiens les mchants confondus! Toi,
mpriser les peines des hommes! Sentiment d'honneur, subjugue-le plutt!
Estim par tes semblables, respect, aim par tes vassaux, la mort
viendra t'enlever au milieu des pleura de ceux qui t'entoureront, aprs
avoir coul une vie douce, oracle de tes proches et pre de tes vassaux.

DES MAZIS.--Je ne vous entends pas. Comment, monsieur, mon amour
pourrait-il m'empcher de suivre le plan que vous venez de tracer?
Quelle ide vous tes-vous donc faite d'Adlade?

Adlade, s'il faut pour remplir ces devoirs soulager les malheureux;
s'il faut pour tre vertueux aimer sa patrie, les hommes, la socit,
qui plus qu'elle est vertueuse? Croyez-vous que je faisais le bien avec
la froideur de la philosophie? Quand la volont d'Adlade sera le
mobile qui me conduira, lui faire plaisir la rcompense... Non,
monsieur, vous n'avez jamais t amoureux.

BONAPARTE.--Je plains votre erreur. Quoi, chevalier, vous croyez que
l'amour est le chemin de la vertu? Il vous immtrigue (_empltrer,
retenir avec du mastic_)  chaque pas. Soyez sincre, depuis que cette
passion fatale a troubl votre repos, avez-vous envisag d'autre
jouissance que celle de l'amour? Vous ferez donc le bien ou le mal selon
les symptmes de votre passion. Mais que dis-je? Vous et la passion ne
font qu'un mme tre. Tant qu'elle durera vous n'agirez que pour elle
et, puisque vous tes convenu que les devoirs d'un homme riche
consistaient  faire du bien,  arracher de l'indigence les malheureux
qui y gmissent, que les devoirs d'un homme de naissance l'obligeaient 
se servir du crdit de son nom pour dtruire les brigues des mchants,
que les devoirs du citoyen consistaient  dfendre la patrie et 
concourir  sa prosprit, n'avouerez-vous pas que les devoirs d'un bon
fils consistent  reconnatre en son pre les obligations d'une
ducation soigne,  sa mre... Non! chevalier, je me tairais si j'tais
oblig de vous prouver de pareilles vidences.

       *       *       *       *       *




LA FEMME ET LE CODE NAPOLON


_Nous avons recherch dans le Code civil et le Code pnal ceux des
articles qui se rapportent  la femme._

_Par l'examen de ces articles, on pourra se rendre compte combien
Napolon souhaitait marquer la dpendance de l'pouse  l'poux.
Convaincu qu'elle tait faible, il la voulait protge par le mari. Mais
en lui accordant cette protection, il exigeait d'elle une absolue
soumission  une discipline familiale, que d'ailleurs il souhaitait
douce. Enfin, ennemi des dsordres conjugaux, il frappa ingalement
l'pouse et l'poux, sachant la diffrence de rsultat d'une mme faute
et pour marquer, semble-t-il, le caractre grave et lev de l'pouse,
qui,  ses yeux, est surtout la Mre._

       *       *       *       *       *




CODE CIVIL

LIVRE PREMIER.--TITRE PREMIER

=Jouissance des droits civils.=


Tout Franais a la jouissance ou proprit des droits civils; mais
quelques Franais, comme les mineurs, les interdits et les _femmes
maries_ n'ont pas l'exercice de leurs droits.


TITRE III

=Du domicile.=

Celui qui est _soumis_  une personne est domicili chez elle: ainsi la
_femme_ est domicilie chez son mari.


TITRE V

=Des droits et des devoirs respectifs des poux.=

ART. 213.--Le mari doit _protection_  sa femme, la femme _obissance_ 
son mari.

ART. 214.--La femme est oblige d'habiter avec le mari et de le suivre
partout o il juge  propos de rsider; le mari est oblig de la
recevoir et de lui fournir tout ce qui est ncessaire pour les besoins
de la vie, selon ses facults et son tat.


TITRE VI

=Du divorce.=

ART. 229.--Le mari pourra demander le divorce pour cause d'adultre de
sa femme.

ART. 230.--La femme pourra demander le divorce pour cause d'adultre de
son mari lorsqu'_il aura tenu sa concubine dans la maison commune_.


TITRE VI

=De la sparation de corps.=

ART. 308.--La femme contre laquelle la sparation de corps sera
prononce pour cause d'adultre sera condamne, par le mme jugement et
sur la rquisition du ministre public,  la rclusion dans une maison
de correction pendant un temps dtermin, qui ne pourra tre moindre de
trois mois, ni excder deux annes.

ART. 309.--_Le mari restera le matre d'arrter l'effet de cette
condamnation en consentant  reprendre sa femme_.


TITRE VII

=De la paternit et de la filiation.=

ART. 340.--La recherche de la paternit est interdite.

ART. 341.--La recherche de la maternit est admise.


TITRE IX

=De la puissance paternelle.=

ART. 373.--Le pre seul exerce cette autorit durant le mariage.

ART. 374.--L'enfant ne peut quitter la maison paternelle sans la
permission de son pre, si ce n'est pour _enrlement volontaire_[8],
aprs l'ge de dix-huit ans rvolus.

[Note 8: Il faut observer cette restriction. Elle exprime la pense
de Napolon, mettant la Patrie (les armes, par consquent) au-dessus de
la famille.]


TITRE X

=De la tutelle des pre et mre.=

ART. 389.--Le _pre_ est, durant le mariage, administrateur des biens
personnels de ses enfants mineurs.


LIVRE III.--TITRE PREMIER

=Des successions.=

ART. 776.--Les femmes maries ne peuvent pas valablement accepter une
succession sans l'autorisation de leur mari.


TITRE II

=Des donations entre vifs et des testaments.=

ART. 905.--La femme marie ne pourra donner entre vifs sans l'assistance
ou le consentement spcial de son mari.

ART. 934.--La femme marie ne pourra accepter une donation sans le
consentement de son mari.

ART. 1029.--La femme marie ne pourra accepter l'excution testamentaire
qu'avec le consentement de son mari.

       *       *       *       *       *





CODE PNAL


LIVRE III

=Crimes et dlits.=

ART. 324.--Dans le cas d'adultre prvu par l'article 336, le meurtre
commis par l'poux sur son pouse ainsi que sur le complice  l'instant
o il les surprend en flagrant dlit dans la maison conjugale est
excusable.

ART. 336.--L'adultre de la femme ne pourra tre dnonc que par le
mari.

ART. 337.--La femme convaincue d'adultre subira la peine de
l'emprisonnement pendant trois mois au moins et deux ans au plus. Le
mari restera le matre d'arrter cette condamnation en consentant 
reprendre sa femme.

ART. 339.--Le mari qui aura entretenu une concubine dans la maison
conjugale et qui aura t convaincu sur la plainte de la femme sera puni
d'une amende de cent francs  deux mille francs.

       *       *       *       *       *




LETTRES  Mme WALEWSKA


_Aprs la victoire d'Ina, Napolon occupa la Pologne et fit dans
Varsovie, sa capitale, une entre glorieuse. Les Polonais, qui avaient
vu dans son triomphe l'espoir de leur affranchissement, lui firent un
accueil enthousiaste. Les ftes succdrent aux ftes. Au cours de l'une
d'elles, dans un bal, Napolon remarqua Marie Walewska. Pour la premire
fois peut-tre depuis qu'il est empereur, il laissa voir son trouble et
l'crivit, bien que dans un billet bref, o le chef parat plus que
l'amoureux. Ce billet, que Duroc[9] porta, tait ainsi conu:_

     Je n'ai vu que vous, je n'ai admir que vous, je ne dsire que
     vous. Une rponse bien prompte pour calmer l'impatiente ardeur de

     N.

[Note 9: Duroc, aide de camp de l'Empereur et un de ses familiers.]

_La signature, qui n'est qu'un paraphe, le style, qui n'est qu'une suite
d'exclamations que termine un ordre, tout cela parut une impertinence
aux yeux de la jeune Polonaise. Elle refusa l'invitation._

_L'Empereur ne se tint pas pour battu. Il a conscience de sa valeur, et
si d'autres, plus modestes et surtout moins actifs que lui,
rpugneraient  l'affirmer, il ne craint pas de l'crire  celle qu'il
veut conqurir_:

     Vous ai-je dplu, madame? J'avais cependant le droit d'esprer le
     contraire. Me suis-je tromp! Votre empressement s'est ralenti,
     tandis que le mien augmente. Vous m'tez le repos! Oh! donnez un
     peu de joie, de bonheur  un pauvre coeur tout prt  vous adorer.
     Une rponse est-elle si difficile  obtenir? Vous m'en devez deux.

     N.

_ ce billet, o paraissait l'ennui de n'avoir pas t accueilli, la
crainte d'avoir t trop brusque et la douleur relle qu'prouvait le
Matre  se sentir isol dans sa gloire, Marie Walewska, plus par
respect de ses devoirs d'pouse, croyons-nous, que par fiert, ne voulut
pas rpondre._

_Son entourage a beau lui reprsenter qu'tre la matresse de l'Empereur,
ce n'est pas manquer  l'honneur, et que ce serait peut-tre prparer le
salut et la grandeur de la Pologne, Marie Walewska se refuse  ce
compromis._

_Napolon insiste une troisime fois. Son billet est plus tendre encore,
plus long aussi. Enfin il promet ce que tous les Polonais dsirent:_

     Il y a des moments o trop d'lvation pse, et c'est ce que
     j'prouve. Comment satisfaire le besoin d'un coeur pris qui
     voudrait s'lancer  vos pieds et qui se trouve arrt par le poids
     de hautes considrations paralysant les plus vifs dsirs? Oh! si
     vous vouliez!... Il n'y a que vous seule qui puissiez lever les
     obstacles qui nous sparent. Mon ami Duroc vous en facilitera les
     moyens.

     Oh! venez! venez! Tous vos dsirs seront remplis. Votre patrie me
     sera plus chre quand vous aurez piti de mon pauvre coeur.

     N.

_Le lendemain de la rception de ce billet, lasse des assauts de
Napolon et surtout d'entendre les prires de son entourage, qui
persistait  voir dans son consentement l'avnement de la Pologne, Marie
Walewska se rendit au chteau imprial. Ce fut la nuit, entoure de
mystre, voile et en voiture ferme, qu'elle y arriva en compagnie d'un
gardien discret._

_Napolon l'attendait. Il tait l, debout, dans la salle ou on
l'introduisit. Empress, comme il savait l'tre avec les femmes qu'il
aimait, l'Empereur se montra galant. Mais Marie Walewska, toute surprise
encore, ne put que pleurer, se montrer nerveuse et d'une timidit qui
pouvait surprendre. Quand,  deux heures du matin, on vint la prendre
pour la reconduire chez elle, comme il avait t convenu, Napolon
n'avait obtenu qu'un droit de consolation et sa promesse de revenir le
lendemain._

_Aussi, ds son rveil, sa femme de chambre lui remit-elle ce mot, qui
accompagnait un bouquet et une guirlande de diamants:_

     Marie, ma douce Marie, ma premire pense est pour toi, mon
     premier dsir est de te revoir. Tu reviendras, n'est-ce pas? Tu me
     l'as promis. Sinon l'aigle volerait vers toi. Je te verrai  dner,
     l'ami[10] le dit. Daigne donc accepter ce bouquet: qu'il devienne
     un lien mystrieux qui tablisse entre nous un rapport secret au
     milieu de la foule qui nous environne. Exposs aux regards de la
     multitude, nous pourrons nous entendre. Quand ma main pressera mon
     coeur, tu sauras qu'il est tout occup de toi et, pour rpondre, tu
     presseras le bouquet! Aime-moi, ma gentille Marie, et que ta main
     ne quitte jamais ton bouquet.

     N.

[Note 10: Duroc.]

_Le soir, elle tait au dner. La conversation s'engagea entre elle et
l'Empereur  l'aide de ce bouquet. Puis elle vint au palais. L'habitude
prise, elle y revint chaque soir._

_Quand Napolon quitta Varsovie pour Finckenstein, elle le suivit. Dans
cette nouvelle rsidence, elle mne une vie clotre, enferme dans un
chteau morne, o elle ne voit personne. L'Empereur parat aux heures
des repas, pris en tte  tte. Le reste du temps, elle l'use  lire, 
broder,  voir la parade  travers les persiennes._

_De Finckenstein, elle va  Vienne, et de Vienne  Paris, o l'Empereur
lui achte un htel particulier au 48 de la rue de la Victoire._

_De l, elle gagne Schoenbrunn, en 1809, et le chteau de Walewice, en
1810, o elle accouche d'un fils (le 4 mai): le comte Walewski._

_Puis elle revint  Paris. Mais l'poque des revers commenait.
Napolon, attrist, ne pense plus avec la mme gaiet  sa matresse.
Des soucis l'absorbent. Il songe  mourir. C'est quelques jours avant
l'le d'Elbe. Ce soir o, vaincu, il a voulu se suicider sans y
parvenir, Marie Walewska attendra toute une nuit l'amant soucieux que,
bien qu'attriste, elle n'ose dranger. Lui ne se souviendra plus qu'au
matin qu'elle a pass la nuit  l'attendre dans une pice proche. Et
malgr tant de douleur qui l'accable, il trouve pour elle,  dfaut
d'amour, des mots d'amiti profonde:_

     Marie, j'ai reu votre lettre du 15. Les sentiments qui vous
     animent me touchent vivement. Ils sont dignes de votre belle me et
     de la bont de votre coeur. Lorsque vous aurez arrang vos
     affaires, si vous voulez aller aux eaux de Lucques ou de Sise, je
     vous verrai avec un grand et vif intrt, ainsi que votre fils,
     pour qui mes sentiments sont toujours invariables. Portez-vous
     bien, pensez  moi avec plaisir et ne doutez jamais de moi.

     Le 16 avril.

     N.

_Napolon partit pour l'le d'Elbe. C'est l qu'elle le vint visiter le
1er septembre 1814. Elle sera prs de lui encore en 1815, pendant les
Cent Jours._

_Enfin, quand ce fut l'exil dfinitif, l'abdication pour Sainte-Hlne,
Marie se crut dgage de tout serment. Elle pousa Philippe-Antoine,
gnral comte d'Ornano, ancien colonel des dragons de la Garde, cousin
de l'Empereur._

_De ce mariage elle eut un fils[11], le 9 juin 1817. Quelques mois
aprs, vers la mi-dcembre, elle mourait dans son htel de la rue de la
Victoire, qu'elle avait quitt lors de son mariage._

[Note 11: Rodolphe-Auguste d'Ornano, dput au Corps lgislatif sous
le Second Empire. Mort le 14 octobre 1866.]






End of Project Gutenberg's Tendresses impriales, by Napolon Bonaparte

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your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, is critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card
donations.  To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

*** END: FULL LICENSE ***

